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JAKE MANDELL « Love songs for machines » (Carpark 008) - 2000
Jake Mandell impressionne. Est-ce le prénom Jack, résonnant d'une classe américaine si sèche qu'on entend d'ici John Wayne le prononcer : "Eh, Jack, tu sais, la grande prairie seule sait ce qui adviendra de nos âmes." ? Non. Sont-ce alors sa propre dégaine d'informaticien décontracté, loupes aux yeux sous cheveux en bataille ? Non. Non non. Et même si l'on sait que ces aspects-là du problème nourriraient la grosse moitié d'un article en presse "conventionnée", tous ces aspects-là, et d'autres aussi exogènes, sont dérisoires. Ce qui prime et sans cesse nous la coupe sur ce CD, c'est la prolifération sonore. Jake Mandell officie ici partout à la fois, ses claviers bouffent à tous les râteliers, sans pour autant accoucher d'un disque à la variété tiède et marketable, puisque ce grouillement, cette expansion sonore se produit au cur même de chaque morceau. Le beat sèchement techno du démarrage est en ce sens trompeur, tant rien n'est monolithique. C'est à partir du track 4, « Tender growth from random seed », que l'on commence de s'en rendre compte : sur un battement arthritique et nordique (ah ! Les douces heures de Dum records, mes petits Inuits !) apparaissent, à l'avant-dernier moment, des pliages vocaux inédits et fascinants. Dans la foulée, le suivant, « From the chestnut parapet » démarré comme une electronica très légèrement musclée confine au sublime, pour de vrai, dès qu'apparaît ce qu'on n'ose appeler une nappe de synthé tant ses circonvolutions et marbrures la rendent vivante, insaisissable et poignante. Il y a de cette mélodie - qui n'existe en tant que telle que par les mutations sonores d'un harmonique linéaire - de telles choses, belles, à sortir, et à sortir de nous ensuite qu'on réécoute. Pour tenter de comprendre, et puis pour le plaisir, surtout. Et l'intensité jamais ne fléchit, les surprises continuent d'abonder. Pour exemple, la techno lyrique - post-Wagnérienne, nous serions-nous plu à ajouter il y a quelques années de cela - de « Tragedy tears the triarchy » nous propulse en notre for intérieur, pour nous rappeler nostalgiques, lorsque dans la production abondante (et dans notre grande naïveté) dance-music et mélancolie parvenaient à se mêler. Oui. Que de surprises heureuses au fil du chemin ; des mélodies qui se dévoilent et mutent, il y a de cela, oui, là-dedans, de cette boulimie passionnée qui tient de l'entêtement amoureux ; là où le double sens, aussi, du titre, fait tout son effet : eh, s'agit-il de chansons d'amour pour (à jouer avec) des machines, ou de chansons d'amour pour (à l'adresse ) des machines ? Les deux, certainement, il y a tant de jouissance à la manipulation sonore et eux glissements sensuels induits en cette manipulation ; sans doute cette interprétation n'est-elle rien d'autre qu'abus de pouvoir de mon enthousiasme. Et alors ? Il n'en reste que ce disque il ne reste que ce disque (et, sûr, il restera). Mr Øpless |