LLIPS vs STARFISH POOL «Sweetwater » (U-Cover 003) - 2000

Si l'on connaît de longue date Koen Lybaert a.k.a Starfish Pool, de Llips nous ne savions rien jusqu'à ce disque. Si, (excusez la blague idiote, après tout cela fait longtemps), ils ont en commun avec Christoph de Babalon d'exalter le concept de bégaiement avec leur patronyme, ils n'en sont pas plus que le belliqueux teuton de joyeux lurons. Comme de juste ils préfèrent, à l'instar de leurs prédécesseurs sur U-Cover, Quench, demeurer anonymes. Tout ce que consent à lâcher à leur propos Lybaert, hormis la qualité de leurs travaux, est qu'ils sont new yorkais et font du post-rock. Qu'à cela ne tienne, nous ferons avec ce peu d'informations, et focaliserons sur le résultat sonore de ce croisement entre, justement, les cordes vaporeuses de Llips et les computeurs teigneux du sieur Starfish.

Peut-être y a t-il un simple effet de balancier à se produire entre les deux territoires sonores. Et les guitares de Llips font du blues d'outre-tombe : comme si Ry Cooder, plutôt que de siroter à cuba, s'était perdu dans les neiges du nord des Etats-Unis, avant de tomber dans la boue. De se relever, et de tomber encore. De se relever encore, et de tomber encore. Et encore. Et encore. Jusqu'à en nourrir un fort vague à l'âme. Si ce split cd marche sur le modèle archétypal du split, c'est à dire une selon alternance jamais démentie - Llips se chargeant, en gros, des titres aux numéros pairs et vice-versa - ce n'est sûrement pas pour faire la démonstration de ce qui pourtant, imparablement, se démontre peu à peu de soi-même : que l'impair, en l'occurrence les morceaux de Llips, gagne facile et haut la main. et si vous me permettez un tout petit jeu de mots, que l'impair, l'imperfection, l''irrésolu, en musique, est gagnant. Il n' y a pas là signe d'une victoire d'arrière-garde des "vrais instruments" sur les "machines", mais la démonstration de l'efficience d'une approche différente, plus bricoleuse, de l'acoustique comme de l'électronique. en effet, lorsque Starfish Pool joue de nappes mélancoliques, jolies, mais fort conventionnelles ; Llips, derrière cette apparence première de post-rock bluesy passé à la pierre ponce d'un traitement électronique défectueux, dissimulent une aptitude énorme à débusquer des émotions étranges, à les faire surgir telles des évidences. Des micro-mélodies électroniques s'adjoignent aux tapis de sourdes guitares à la "Godspeed" pour un résultat souvent magnifique. On comprend au passage que la seule ligne de conduite de Koen Lybaert à travers ce nouveau label, soit son propre désir. Nulle gémellité avec Quench ou L'usine, précédents sortants chez U-Cover . Mais une constante en qualité. Diffusée, pour celui-ci, à 850 exemplaires. Promptitude conseillée !

Mr Øpless