FREESCHA (Attacknine 01/02 + Attacknine CD 01) - 1999

Ce tout jeune micro-label (les tirages avoisinent les 200/300, c'est dire) californien a lancé depuis 1999 le plus cordial et discret des assauts.

Ce premier maxi griffé Freescha - bon, autant le clarifier tout de suite, TOUT ce qui se fait chez Attacknine est de Freescha - frétille allègrement en terres d'ambient synthétique ; on pense à d'antiques travaux surannés autant qu'aimés, comme ceux de Global Communication. Un équilibre encore fragile, précaire, qui laisse augurer de tout et de rien, un doucereux coup d'essai. Le second opus de l'histoire Attacknine est un beau pas en avant. L'influence des Boards of Canada se fait sentir, comme ailleurs, peut-être plus fort et mieux qu'ailleurs : sécheresse new wave des percussions et forte iridescence des nappes et harmoniques. Le titre « Pequod » en atteste au plus haut point : de larges nappes tragiques se développent pour se replier et s'auto-avorter, en même temps que portées et emportées par une rythmique lourde et démembrée. Boards of Canada, oui, tout proche, mais alors du Boards dans sa version gothique. L'autre face joue successivement de vert-de-gris et de soleil couchant (« Slo-peeq », ambient brumeuse, typique du Nord de l'Europe et de certaines productions de chez Ant Zen comme Ambre… et pourtant californienne.). il s'agit là de mieux qu'une simple confirmation, donc. Quant au plus récent volet, six titres disponible en cd, il développe cette veine harmonicomélancolique avec plus de conviction et de suavité encore. Ce disque est bleu, mais ses saveurs sont automnales : le laisser-aller qui y règne (qui, faut-il le préciser, ne saurait résulter que d'une précision et d'une volonté écharnée de l'homme derrière les boutons de contrôle), ce laisser-aller n'est pas exempt de douleur. Les choses, jouant l'évidence ET L'ATTEIGNANT, deviennent alors troublantes. Prennent l'allure de lendemains amers de fêtes qui auraient été belles, très belles, lendemains d'autant plus douloureux qu'elles furent belles, les dites fêtes. Lorsque dès le track 2 déboulent des rythmes électro lents et clairs, les Boards, encore, mais aussi Bola, s'imposent comme références. Mais au-delà des références, chaque décoction de ce disque dans votre quotidien en rend l'auteur, Freescha, un peu plus attachant. Et au-delà de la discrétion qu'impose le genre, ce charme particulier le distingue au milieu des masses de productions écoutables du secteur (sonore et géographique).

Un album arrive ce printemps. On ne doute qu'il confirme ce talent et cette sérénissime douceur. On aimerait qu'il puisse le faire pour le plus grand nombre. Nous ferons de notre mieux pour y contribuer.

Mr Øpless