DJ SCUD vs. I SOUND « Mortal Clash » E. P. (Ambush 008) - 2000

 

Ambush est un foutu bon label de breakcore. Le genre dont on achète toutes les sorties en jurant à chaque fois que c'est la dernière. Mais ces court-jus suramplifiés, automates geignards et autres bancs de montage au bord du déraillement, sur fond kicks qui claquent et de basses qui rebondissent, ont vraiment toujours le dessus. Et tandis que l'artificier en chef, Scud, semble actuellement destiner l'essentiel de sa production au plastiquage des pistes de danse, délaissant en cela le bétonnage anti groove de ses débuts (« Maschinenbau » avec Nomex notamment), on finit par avouer prendre de plus en plus de plaisir à l'écoute de tracks qui, s'ils ont perdu en radicalisme, gagnent par contre en punch, roulant des mécaniques comme jamais. D'autant qu'il ne faudrait pas s'imaginer que le bonhomme a déposé les armes.Sa musique reste avant tout placée sous le signe d'une violence brute, au sujet de laquelle il serait, je pense, déplacé de parler de concessions (il y a pourtant des petits durs qui n'hésitent pas…). Ajoutons que ce ne sont pas non plus ses travaux secondaires (alimentaires ?) en compagnie de Panacea sur Position Chrome - The Redeemer en double L.P. - qui vont le faire passer pour un traître de la cause underground. Ce serait proprement ridicule. Non, Scud reste un formidable artisan du bruit en mouvement, ses efforts sans cesse renouvelés pour conjuguer un drum n' bass - gros calibre -, dont il peaufine le style "Rude boy", et de sauvages distorsions qu'on croirait issues du courant "power industrial", étant encore une fois à saluer avec ferveur.

De fait, avec trois morceaux (dont un remix) en logo side de cet Ambush 008, le Londonien frappe fort : « Short sharp shock », en première ligne, crache, rugit et fait tinter son artillerie avant de détoner pour de bon en un hardstep massif et hurlant, de toute beauté. Un des gros morceaux de l'année 2000. Derrière, ça continue de cogner, mais forcément un ton en dessous. Attention, ça reste du haut de gamme quand même. Du coup, on en oublierait presque, et ça n'est pas très poli, l'invité New-Yorkais du maxi, I-Sound, dont il est vrai, la production nous a moins marqués. Tout aussi bruyantes et bouillonnantes que le son anglais, les compositions se font cette fois plus déconstruites tandis que les rythmiques se rigidifient. Et hormis le troisième titre, qui n'est autre qu'un remix concassé du « Short sharp shock » de Scud, cette face s'abstrait volontiers du contexte dansant pour alimenter en stridences, saturations et ruptures, la fraction la plus dure d'une micro-mouvance pourtant déjà bien agitée. A classer donc aux côtés des Pisstank, Cpuwar mais aussi d'un Kid 606 sur Guncourt ou Vinyl Communications, par exemple.

Moins percutant, moins hot aussi que Dj Scud, I-Sound se fait finalement remarquer avec le fameux radicalisme qui semblait manquer au Londonien. Et voilà qui réconcilie tout le monde autour de ce pétaradant maxi. Ambush est décidément un foutu bon label de breakcore…

S.Y.D