TRIFID PROJECT feat. James Plotkin, Matthieu Maire, Yves & Marie Daubert, Sheila Mata (Vacuum 3.0) - 2001

Les session du Trifid Project ont été enregistrées dans le New Jersey à l'hiver 1999-2000 mais le mini L.P. qui en découle n'a pas immédiatement trouvé une structure d'accueil, comme s'il avait s'agi d'un objet sonore inclassable, inadapté à l'espace-temps dans lequel il a été produit. Chant, textes en français, longues traînées de guitares à la Durutti Column, atmosphère riche en contrastes et volontiers légère (ce n'est pas forcément ce à quoi les connaisseurs pouvaient s'attendre) : on ne sait trop quel label aurait eu l'audace de publier ce travail singulier il y a simplement deux ans. L'espace illimité qui se crée aujourd'hui avec Vacuum permet donc enfin de le faire et, pour son directeur artistique Matthieu Maire, de se lâcher vraiment, précisant sans ambages sur une couverture dédiée aux gros rouleaux hawaïens, le nom des participants : James Plotkin - initiateur et producteur du "project" -, Yves et Marie Daubert (on se souvient du « RandomSundayTracks » sur V-Lego), Sheila Mata (le seul pseudo-rigolo pour Zoé Faget, alias Hita Corporated, déjà présente sur les précédents enregistrements de son compagnon de l'époque, Celluloid M.) et Matthieu Maire lui-même, ici débarrassé de son nom de scène. Autant de patronymes bien français pour un album de musique d'obédience électronique, avouons que c'est plutôt inhabituel quand tant d'autres se réfugient derrière des sobriquets bien anglo-saxons.
Bref, vous aurez saisi que ce Trifid Project est peu soucieux des conventions et séduit par son originalité avant de finalement toucher par la beauté de ses compositions. Il aménage ainsi l'electro-pop avec des drums en sourdine et des hit-hat en fer blanc sous couvert d'oscillations parasites, défriche l'après-electronica en alliant bleeps et claps aux guitare et guitare basse, fourmille, siffle et pétarade avec ingéniosité (notamment
« Zickzack », monté en cut up par James Plotkin seul), réinvente les vocaux féminins avec des spoken words absurdes (le dédale alphabétique de « Rubber Chick »), trafiqués et ensorcelés (« Alice ») ou lointains et presque ésotériques (« Psalm 66 », assurément la plus étrange pièce de ce disque avec ses envolées mélodieuses sous un soleil de plomb).
Découverte, plaisir, pour finir sur quelques points en suspension avec
« Nebula », court et majestueux évanouissement qui nous laisse sur une agréable sensation d'ouverture. Merci encore à tous les cinq pour ce moment d'exception.

S.Y.D