CELLULOID MATA « Escape from Room 7 » (Vacuum 1.0 & 1.1) - 2000

Quel parcours passionnant que celui du Mata, depuis les 7” auto-produits au milieu des années 90 et déjà ornés de son mystérieux petit baigneur jusqu’à ce double vinyle consacrant tout à la fois son assise dans le team Ant-Zen (la plus importante collection européenne de grosses cylindrées) et son intégration au cœur d’un réseau de compositeurs aussi inventifs que percutants. Passionnant et donnant l’impression que tout s’est passé en un éclair. Pourtant, le garçon a pris le temps de mûrir son style avec quand même 3 albums chez Noise Museum (prononcez “Alice In Wonder”), se faisant de plus en plus précis, déroulant au fil des morceaux ainsi publiés un groove mécanique littéralement implacable, mais aussi de plus en plus déviant, téméraire, notamment grâce à ses différentes rencontres (Marie et Yves Daubert, Y.ann Milkie, James Plotkin)…En attendant une prochaine mutation et de nouvelles aventures du côté d’un nouveau projet nommé Noosa Headz…

C’est donc dans le prolongement de l’une et l’autre de ces orientations musicales que Celluloid Mata inaugure Vacuum, son espace de “semi-liberté” au sein d’Ant-Zen (tout se fait sous le contrôle de S.alt, ne l’oublions pas) qu’il dédie aux “travaux partagés”. Avec comme luxueuse référence inaugurale, la compilation ci-présente nous donnant à nouveau – on se rappelle de « Mix Oscillations », première et prestigieuse collection de remixes – le plaisir d’entendre son electrophunk ferrailleur dissous, remodelé, éclaté ou au contraire renforcé au sein de collaborations quasiment toutes inédites. Issues de ses récents coups de cœur, d’affinités évidentes et de liens tissés avec ses “compagnons d’écurie” ou tout simplement d’amitiés de longue date, la plupart de ces compositions ont vu le jour sur l’initiative épistolière du Mata et ont été réalisées à distance entre 99 et 2000.
Certaines nous semblent presque familières, comme « The council » réalisé avec Hita Corporated, alias Zoé Faget, chanteuse du groupe My Own. Déjà présente sur l’album « Invasion Of », le E.P. « La connectique » et plus récemment sur l’album « Sable », elle confie une nouvelle fois ses vocaux haletants, un brin Pj Harvesque, aux pédales d’effets de son complice pour un track plus grésillant et crachotant que jamais.
Même réussite, on s’en doutait, avec Imminent : la synergie est au rendez-vous et la finition au papier de verre que tous deux affectionnent fait littéralement l’effet d’un stimulant auditif. Dans une veine semblable, l’association avec Somatic Responses puis Oil 10 font mouche. « Pale/Blend » d’abord, sonne plutôt à la manière des Gallois John et Paul Healy dans leurs rares moments tempérés ; au passage, ça nous ravit qu’un tel partenariat ait pu aboutir, leurs parcours respectifs s’étant trop longtemps faits dans deux scènes parallèles jusque là peu enclines à se rencontrer. « Gasoline », ensuite, est curieusement le genre de blindé qu’aurait justement pu produire un duo Somatic-Mata ; pourtant, le co-auteur est le plus discret Oil 10 , auteur notamment d’un « Metastases » E.P. chez Hymen sur lequel on a beaucoup dansé, et d’un album, « Links », paru par la suite sur Vacuum. Lourd et lent, avec ses harmoniques déchirantes, leur track dégage une puissance de feu hors du commun et s’inscrit dans un registre de violence auquel Celluloid Mata nous avait peu habitué.
Plus soft et infiniment plus groovy, « This white foam on black beer » est un tube techno dont on se délecte ici. Evidemment, qui d’autre que l’indispensable Roger Rotor aurait pu être à la source d’un tel succès ?!?
Toujours au rayon répétitif, « Swamp thing » est une pièce comme il s’en faisait il y a 5 ans du côté des Psychic Warriors Ov Gaia – influence que ne reniera pas le Mata – et naît aujourd’hui de la complicité qui le lie à Stefan Alt lui-même.
Le duo en compagnie cette fois de Xingu Hill est évidemment marqué par le soin du détail qui caractérise la musique de John Sellekaers – par ailleurs responsable, avec son studio Metarc, du mastering pour l’intégralité des productions Ant-Zen –. Très dynamique, il semble ainsi s’entortiller autour de la multitude de ressorts et élastiques savamment disposés à tous les recoins rythmiques.
Nous l’évoquions plus haut, Celluloid Mata affectionne aussi les collaborations pour l’inattendu qui peut en survenir, pour l’ouverture de voies parallèles ou transversales, en tout cas peu empruntées, qu’elles encouragent. Exemple avec les niçois de Madla Fronta qui sortent ici de leur rigidité (qui nous avait laissé sur notre fin) pour un titre à la rythmique electrobreak certes identifiable mais au développement empli de mystère, ayant comme l’esprit embrumé. Une des jolies surprises de la compilation. Exemple encore avec les frangins du Etereo Expandeum Club, qu’on peut situer dans le premier cercle d’amitié musicale du Mata. Ce dernier est cette fois entraîné sur un terrain mouvant, dans un « Marcus the prophet » fait de constructions disparates se succédant de manière imprévisible. D’abord techno aliénée – on frôle le décollage en quelques patterns vite sabordés – puis downtempo orageux, enfin hip hop tranquillement dégénéré. Pour trouver plus perturbé, il faut alors chercher du côté du Drahomira Song Orchestra – toujours ce même cercle d’amitié – et à ses idées saugrenues mises en œuvre avec des bouts de ficelle. Ici, c’est un extrait de vinyle ou de bande magnétique manipulé à tort et à travers (qui n’a jamais pris plaisir à se créer sa propre cacophonie en interrompant le déroulement d’un sillon d’un geste pataud ?) qui se retrouve associé à une boucle de synthèse bien basique, objet de tous les effets ronflants dont dispose le Mata.
Dans un track comme dans l’autre, c’est la fraîcheur, l’incongruité mais aussi le dynamisme des compositions qui séduisent. Voilà vraiment ce qu’on aime écouter aujourd’hui, voilà ce qui reflète aussi à merveille l’instabilité permanente qui préside à nos destinées. Instabilité dont le travail de Celluloid Mata est tout autant imprégné que des solides rythmiques qui ont contribué à lui forger sa réputation. Ce sont bel et bien ces différentes facettes qui sa personnalité musicale et il ne faut en négliger aucune. Pas même les rares excursions en apesanteur avec son camarade Y. d’Ultra Milkmaids (on se souvient d’un précédent « Acti Room » E.P. ainsi que d’un live commun en première partie des Legendary Pink Dots à Rennes) dont « Ryst » est ici un nouveau témoignage.
…Et c’est justement ensemble que le Mata et le Milkie en chef poursuivent leur destinée musicale, puisque la suite de ces premiers travaux est à trouver sur un premier album de Noosa Headz – il faudra vous habituer à ce nom – déjà dans les bacs.

S.Y.D.