CHRIS WATSON « Outside the circle of fire » (Touch 037) - 1998

Après la diffusion d’une première série de 12 enregistrements (« Stepping into the dark » - Touch 027), Chris Watson propose ici 22 nouveaux extraits issus de longues heures littéralement passées à prendre le pouls de la planète dans ses quatre coins les plus reculés. Les durées varient de quelques secondes à quatre ou cinq minutes, selon le caractère ponctuel/événementiel ou ambiant de ces instants de vie “collectés” presque comme autant d’indiscrétions - au plus près de leur lieu de déroulement - afin d’en retirer l’entière substance sonore et non un simple aperçu.
Comme pour « Stepping into the dark », on retient plusieurs niveaux d’appréhension voire même d’utilisation de ce disque, de par son caractère typiquement environnemental. Bien sûr, la marque de fabrique “Touch” implique toujours une dimension informative, documentaire : on a donc, au sein du livret d’accompagnement, outre le détail du matériel employé - la couverture représente d’ailleurs un micro Sennheiser -, de rapides commentaires concernant les lieux, faune, climats qui nous sont donnés à écouter.
Une approche certes intéressante, mais pas autant que la seconde, proposée là aussi par Watson et son label, qui s’avère être plus “méditative”. « These are the sounds of secret languages, particular events that have been recorded as close up as possible to try and reveal something of their individual beauty, rythm, eloquence and sheer power ». La plupart de ces pièces, même courtes, portent en effet en elles à la fois mystère, poésie et musicalité sans pour autant verser dans un quelconque mysticisme estampillé “nature & découverte”.
On se plonge alors sans retenue dans un rassemblement Hitchcockien d’oiseaux migrateurs, on se laisse bercer durant quelques secondes par l’étrange chant d’une hyène, le bruit du vent d’Ecosse, on se perd dans la profonde Jungle Tropicale... Autant de moments inconnus ou inhabituels venant, hors contexte, se confronter à notre vie par ailleurs réduite à quelques m2 d’appartement.
C'est là qu’on en vient, pourquoi pas, à un nouveau niveau d’utilisation du disque si toutefois on laisse pénétrer, fenêtres ouvertes, la clameur urbaine : se crée alors une interpénétration de deux milieux sonores à priori opposés et donc un paysage “global” inédit. Les travaux de Watson deviennent dans ce cas un objet sonore, avec d’autant plus d’évidence que l’intimité animale et végétale privilégiée ici rapproche ce « outside the circle of fire » de nombreux essais de musique minimale et concrète, évoquant des textures quasi électroniques (le singe ronflant en track #1 ou les oiseaux en track #3 ou #15 pour ne citer que ceux-là).
Toujours obnubilés par tout ce qui peut ressembler à du collage, nous avons donc trouvé là une formidable source musicale (ou non) à mélanger, en finesse, avec d’autres bruits et silences dans une composition imaginaire qui n’appartient qu’à celui qui la réalise.
Ainsi, de sa simple écoute à son détournement complet, ce disque prouve, s’il le fallait encore, la richesse des enregistrements dits “environnementaux”. La musique est finalement souvent plus large que ce à quoi l’on voudrait la réduire.