Depuis en gros 15 ans que le Rap a explosé
je ne remonte ainsi pas à ses origines mais à
sa naissance commerciale avec les cartons pleins du
genre Run DMC , son évolution sonore a
finalement été extrêmement réduite
(que les puristes hurlent : fuckem all ! ! !),
tant il se doit de répondre à des codes
implacables, inaliénables, notamment avec cette
systématique mise en valeur de lego on
the mic.
Certes, sans pour autant retracer ici lhistoire
de ce mouvement, reconnaissons que celle-ci a quand
même été enrichie par dastucieuses
virées en école buissonnière, lors
desquelles quelques producteurs un tant soit peu aventureux
se sont appropriés ce hip hop, arrondissant ou
aiguisant les angles des séquences rythmiques
pré-formatées, tentant ainsi de les faire
sortir des rails : groove asphyxié chez Public
Enemy et son Bomb Squad, fantaisies du Daisy Age, Afro
sound des Jungle Bros ou A.T.C.Q., cool attitude du
Gangstarr, bitches, guns and dope sur la
west coast (Young MC et surtout la nébuleuse
N.W.A.), puis renouveau New Yorkais (par lintermédiaire
de Skiz Fernando ou RZA), replaçant le rap dans
un cadre radikal. En gros voilà tout.
Attention, ce point de vue partial ne sappuie
en aucun cas sur ce qui fait jusquà preuve
du contraire lessence du rap, cest à
dire les lyrics (le fond), que de toutes façons
peu dentre nous cherchent à comprendre.
Du militantisme hardcore aux récits partouzards,
on entend de tout, plus ou moins finement argumenté
et reconnaissons que ce nest pas souvent ce qui
préoccupe lauditeur francophone (pas la
peine dévoquer le rap frenchy, ici, ça
risquerait de nous énerver pour pas grand chose
).
Bref, ce qui en somme est pénible dans le rap
actuellement, cest bien la forme ; bavardages
incessants et jeux de rimes interminables (toute une
vie racontée à chaque prise de parole)
occultent toute possibilité de faire évoluer
le style. Au contraire, cest comme si on le maintenait
volontairement dans une misère sonore tandis
quil ne demande quà exploser, en
se plongeant plus quépisodiquement dans
le grand bouillonnement musical (ou non) de cette fin
de siècle.
Cest ce que ce East Flatbush Project se propose,
en toute modestie, de réaliser grâce à
un procédé sacrément en vogue ces
jours derniers : le remix. On trouve donc sur ce double
maxi un morceau de rap « Tried by 12 »,
cest à dire la version originale et onze
tentatives pour déroger aux sempiternels radio
edit, a cappella mix et bonus
beats. Et plutôt que de convoquer les grands
pontes du hip hop américain, le label Chocolate
Industries (relayé ici en licence par linévitable
Ninja Tune) se paye un joli panel de jeunes prodiges
nayant en commun que le goût du détournement
de conventions et du maquillage des habitudes : inventer
de nouvelles formes sur des bases bien solides en quelques
sortes. En commun peut-être aussi leur appartenance
à une école sans nom, sans locaux et ni
programme, aux confins du groove qui comme aime
à le rappeler Mr Øpless, commence toujours
dans un fauteuil .
Des noms ? The Herbaliser, Ko-Wreck Technique (un autre
pseudo pour Delgado et Farinas aka Push Button Objects),
les indispensables Autechre, Squarepusher, Trapazoid
(aka Richard Devine, déjà auteur de deux
maxis dont on ne sest jamais vraiment remis :
Sixsixtysix 003 et Schematic 005), les nouveaux golden
boys que sont Funkstörung, Bisk ou encore Freeform,
Sluta Leta (de Suède, peut-être la révélation
du E.P.), Phoenecia et Nick Fury (USA).
A partir de là, pas besoin den dire beaucoup
plus, ces projets ayant pour la plupart déjà
su se créer un univers propre dans lequel vient
à chaque fois se mouvoir lexcellent rap
dEast Flatbush, en se confrontant aux divers éléments
synthétiques : quils se superposent, simposent
ou seffacent, ces lyrics savèrent
doués dadaptation, comme entrant presque
en synergie avec ces formes sans cesse renouvelées.
Ils savèrent aussi capables dhumilité
en se plaçant même parfois en vrai retrait
derrière les hip hop grooves nayant rien
à envier aux ostentations de la blaxploitation
made in USA.
A ce titre, « Tried by 12 » et Chocolate
Ind. devraient trouver assez logiquement leur place
aux côtés, par exemple, du label Wordsound
dont on parlait tout à lheure, parmi les
tenants dune nouvelle scène à vocation
libertaire
Hip hop ? You really dont stop
! ! !