ENTROPIA AND OTHER ARTISTS « Imaginary solutions » (eclectic CD 003) - 1999

 

Méthode, discernement. Procédons par ordre : L’entropie, déjà, kesaco : Larousse, sympa, prend son air le plus doctoral, les lunettes plongeant sur le bout du nez, et me souffle que en thermodynamique, le terme désigne le degré de désordre d’un système. Le label se prénommant Eclectic, et le gérant en étant Amp-tek (un joyeux Romain nickel), on prie d’abord pour que ce soit du n’importe quoi gouleyant, criblé de balles secoueuses de mollet-frétillant au souvenir du fou-furieux Eclectic 001 chroniqué dans nos pages. On en affûte ses baskets d’avance…
Et on se fait calmer, d’abord, par cette électronica pateline, vieille école (dans l’esprit du Klänge sur Minus Habens en 1994). Moelleuse, séductrice. Qui se réveille tranquillement, se mue en trip-hop clair-obscur. Jusque là tout se passe bien ; on commence juste à se trouver foutrement ridicule, à brûler des bâtons d’encens en survêt trois bandes…Peu à peu les fumées virent toxiques, quasi radioactives. Le disque évolue ainsi vers la terreur mentale, à mesure que les percussions s’éclipsent, se font happer par ces ambiances ténébreuses : on ne s’étonne pas alors, tant le glissement vers le barge est naturel, de voir les larrons Eugenio Vatta (une tétanie de percus sourdes comme il en a déjà pratiqué chez SNS) et Seekness / Seal Phüric (une magistrale “ In-qui-é-tu-de ” aux relents méphitiques). C’est au final un panorama étonnant d’une certaine “convergence” européenne, un assemblage cohérent d’artistes en marge d’un système “techno” en bout de course. Des “Solutions imaginaires ” aux effets bien concrets : les dents et les ongles qui poussent en pointe, les ricanements qui se font métalliques. Les promesses alléchantes d’artistes exaltés - même si ceux du collectif Entropia devraient parfois mettre un bémol à leur sens du baroque. Un label à suivre. Attentivement.

Mr Øpless