FAT MASONICS « Lodge » (Elf Cut 002) - 1997

“Il n’y a pas que le new beat dans la vie, p’tain”, me râlait encore à l’oreille mon dévoué confrère S.Y.D., hier soir, accoudé au comptoir du bar de la marine. Très concentré sur une analyse bégayante d’émotions du fameux « Acid drill » de Edwards & Armani, je me contentais de répliquer d’un simple sourire, crânement sûr de son fait... et ce jusqu’à ici et maintenant (bon, c’est vrai, entre-temps, j’ai aussi dormi).
Car cette émanation, si elle nous vient d’un label tout aussi belge que le new beat, a de tout autres consonances, bien entendu, et une force poétique évidemment supérieure. Le big boss Acid Kirk (lui voir apposer ce qualificatif ne peut que faire sourire) édite ici une errance ruisselante d’eaux fort troubles, signée par un certain Miles Brennan. Pastels (sur le très pacifique « Throwhim out the window ») et ténèbres prennent une co-location sur les deux faces du E.P., et s’entendent à merveille pour alanguir sans apaiser. Fermer les yeux sur un tel disque, amène un chavirement immédiat dans la cacophonie fantasmagorique la plus complète. Difficile de mettre la main sur la chose à laquelle on rêve : déguster du gâteau de riz à la Barbade avec Jack Nicholson, ou dîner en tête à tête avec Winona Ryder à Sarajevo en juillet 1914 ? C’est selon, selon quoi, je ne sais... Il y a du jazz là-dedans, mais un jazz sous l’emprise des éléments. Fluctuant jusqu’à troubler.
L’auteur est aussi peintre ; ce n’est guère étonnant. On aimerait en savoir plus (autant qu’on aimerait voir ces disques distribués en France...) ; on va faire au mieux en ce sens.

Mr Øpless