FEVER « Too bad but true » (DHR LP 019) - 1999

“Who is gonna stay at last ?”. La question est assénée quasiment d’entrée de jeu avec les grands coups de butoir du premier morceau « Rubber cell ». On est effectivement en droit de se la poser. Certes, ça reste un simple vinyle mais on est pourtant jamais bien sûr de tenir jusqu’au bout. Enorme. Sévère. Grave. C’est clair, à l’instar de leurs confrères, ces nouveaux venus de chez DHR ne font pas dans la demi mesure, genre petit coup de chiffon, changement de papier peint ou même ravalement de printemps. Non, ici, on démolit, on ruine, on dépouille, on fracasse.
S’il est d’abord tentant d’invoquer la lignée Public Enemy / Consolidated / P.OW.E.R./ Disposable Heroes, autrement dit la fureur “straight edge” du rap industriel, il faut se rendre à l’évidence : le message compte bien moins que la purée de parpaings qui se déverse sans discontinuer dans nos cages à miel ébahies. Le vocal est, à l’instar des gros durs susnommés, sacrément affirmé : on imagine sans peine un organe longuement travaillé à coup de bangs à l’éther et de whisky de contrebande…Un flow au papier de verre, volontiers teigneux, parfois cynique (surtout quand il nous apostrophe genre “this is the time I’m gonna see you runnin…”, on attend pas de savoir s’il blague pour déguerpir en quatrième vitesse), qui ne se laisse jamais démonter par l’invraisemblable salmigondis rythmique auquel il essaie avec courage d’imprimer une fluidité.
Mais qui voudrait se fier au rap proprement dit pour s’aventurer dans un pas de danse pourrait bien se retrouver avec une cheville dans le sac : ce qui éloigne encore Fever de ses prédécesseurs / précurseurs, c’est le fait de mettre finalement la voix et le discours, non pas en retrait, mais au même plan que ce qui demeure habituellement un simple support sonore. A l’omniprésence et la monotonie du prêche militant, Fever préfère l’instabilité permanente (à laquelle même la voix, séquencée à la bûcheronne est soumise), la castration des moindres velléités de groove et l’esthétique du dysfonctionnement.
Ok, on est à des milliards de décibels des experts new yorkais du “Jurassic Tang Clan” (bien que la tchache soit à rapprocher de quelques “bons vieux bâtards” du côté de Brooklyn…). D’où, polémique de fin de soirée : peut-on encore parler de hip hop ? Le genre d’altercation qui peut mal se terminer, façon double coup de boule rotatif avec soufflette au munster. Mais bon, ne sachant pas la mettre en veilleuse, je conclurai simplement en montant le volume, histoire de bourrer une bonne fois pour toutes le mou à ces foutues “règles de l’art”.

S.Y.D.

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