Who is gonna stay at last ?. La question est assénée
quasiment dentrée de jeu avec les grands coups
de butoir du premier morceau « Rubber cell ». On
est effectivement en droit de se la poser. Certes, ça
reste un simple vinyle mais on est pourtant jamais bien sûr
de tenir jusquau bout. Enorme. Sévère. Grave.
Cest clair, à linstar de leurs confrères,
ces nouveaux venus de chez DHR ne font pas dans la demi mesure,
genre petit coup de chiffon, changement de papier peint ou même
ravalement de printemps. Non, ici, on démolit, on ruine,
on dépouille, on fracasse.
Sil est dabord tentant dinvoquer la lignée
Public Enemy / Consolidated / P.OW.E.R./ Disposable Heroes,
autrement dit la fureur straight edge du rap industriel,
il faut se rendre à lévidence : le message
compte bien moins que la purée de parpaings qui se déverse
sans discontinuer dans nos cages à miel ébahies.
Le vocal est, à linstar des gros durs susnommés,
sacrément affirmé : on imagine sans peine un organe
longuement travaillé à coup de bangs à
léther et de whisky de contrebande
Un flow
au papier de verre, volontiers teigneux, parfois cynique (surtout
quand il nous apostrophe genre this is the time Im
gonna see you runnin
, on attend pas de savoir sil
blague pour déguerpir en quatrième vitesse), qui
ne se laisse jamais démonter par linvraisemblable
salmigondis rythmique auquel il essaie avec courage dimprimer
une fluidité.
Mais qui voudrait se fier au rap proprement dit pour saventurer
dans un pas de danse pourrait bien se retrouver avec une cheville
dans le sac : ce qui éloigne encore Fever de ses prédécesseurs
/ précurseurs, cest le fait de mettre finalement
la voix et le discours, non pas en retrait, mais au même
plan que ce qui demeure habituellement un simple support sonore.
A lomniprésence et la monotonie du prêche
militant, Fever préfère linstabilité
permanente (à laquelle même la voix, séquencée
à la bûcheronne est soumise), la castration des
moindres velléités de groove et lesthétique
du dysfonctionnement.
Ok, on est à des milliards de décibels des experts
new yorkais du Jurassic Tang Clan (bien que la tchache
soit à rapprocher de quelques bons vieux bâtards
du côté de Brooklyn
). Doù, polémique
de fin de soirée : peut-on encore parler de hip hop ?
Le genre daltercation qui peut mal se terminer, façon
double coup de boule rotatif avec soufflette au munster. Mais
bon, ne sachant pas la mettre en veilleuse, je conclurai simplement
en montant le volume, histoire de bourrer une bonne fois pour
toutes le mou à ces foutues règles de lart.