FRZ vs. BLUE BABOON vs. ETEREO EXPANDEUM CLUB

« Machine that also let you draw !» (Vacuum 4.0) - 2001

3 “electro boys” de la bande à Mata qui se passent des fichiers musicaux : voilà le principe très sympathique de ce 4ème CD du label Vacuum. On connaissait déjà un tout petit peu Etereo Expandeum Club (Eec) pour avoir publié deux albums chez Noise Museum. On avait surtout entendu Blue Baboon au temps où il était le O. de Y.O.R. aux côtés de Yann et Rodolphe, c’est à dire le trio originel formant Ultra Milkmaids. Et puis on n’avait honnêtement jamais vraiment prêté attention à Aspic Records et à son animateur, Frz. Autant dire qu’on aurait du mal à resituer les apports de chacun dans les 7 morceaux ici gravés. On comprend simplement, d’après les notes de pochettes, que Frz et Blue Baboon se sont retrouvés en studio et ont échangé leurs fichiers musicaux à distance avec Eec. Mais que le son circule dans un sens ou dans l’autre, il en résulte surtout de petites perles hybrides dont on ne se lasse décidément pas.
A commencer pas « Third pop mind », sorte de bric-à-brac impressionniste avec ses douces dissonances, chuchotements mélodieux et délicates corrosions. Un track qui pourrait durer des heures sans qu’aucun motif semble jamais se répéter, et sans que jamais l’on s’en lasse. Un vrai plaisir contemplatif.
« Slalome » et « Blome » installent, eux, des ambiances troubles ne manquant pas de rappeler le son Elf Cut : tonalité pastel et dub hop métallisé pour le premier, rythmique passée au papier de verre et groove détaché pour le second, à la fois dynamique et traînant.
Puis c’est un complet changement d’état d’esprit avec « Cheetah chrome ». Petits clapotis et ritournelles à l’accent seventies : rien de tel cette fois que ces synthés bon marché pour se payer une promenade décontractée sur les bords du Rhin en compagnie de Mouse On Mars et de leurs potes de chez Sonig / A–Musik.
Même textures lo-fi (on pense alors à Console et son label Payola) pour « EZ Pop » dont le titre est à coup sûr à prendre au pied de la lettre. Meilleur morceau de l’album à notre sens, c’est aussi celui qu’on aime ré-entendre comme un air familier et revigorant. Un de ces tubes qui semblent n’appartenir qu’à soi, tant leur diffusion reste confidentielle.
« Dicks » est quant à lui puissamment évocateur et nous embarque pour un road movie où l’on imagine volontiers des kilomètres d’asphalte désertique laissant le champ libre au vague à l’âme de quelques accords de slide guitar. En soutien, un jeu de rythmiques enchevêtrées fait avancer ce track au ralenti, à la manière d’une lourde mécanique fumante. Nul besoin, alors, d’aller plus loin dans l’imaginaire pour que nous nous mettions à frissonner.
Enfin, « Two strings serenade » vient conclure, presque trop vite, l’album là où il avait commencé avec de délicieuses circonvolutions modulaires autour de deux simples cordes, effectivement.

Un poil trop court, donc, « Machine that also let you draw !» est une des jolies surprises de l’année 2001, et une belle réussite pour le label Vacuum qui avec les collaborations entre Pure et Ultra Milkmaids, puis entre Plotkin, Mata et ses amis, se distingue par la fraîcheur et l’audace de ses publications.

S.Y.D.