HEINRICH AT HART (Chrome 014) - 1997

Le plaisir du son est aussi celui de la confusion des sens. Le libre cours des émotions exacerbées par lintensité auditive (pas uniquement en question de volume) induit comme un décloisonnement des sentiments ; de ces interactions, collisions - chaos puis limpidité, vécus dans linstantanéité sonore - naît ce trouble intérieur empêcheur de rêver debout. Ou, au contraire, si fort quil étourdit jusquau vertige, quil grise comme un plongeon dans linconnu. Du bruit ou de la musique, cette brillante inutilité, jaillissent ainsi les signes actifs de lexistence et de son unicité.
Heinrich at Hart ou létrange envie de mordre la lumière (ce que suggère le macaron du disque)... pour rompre avec la peur des ombres. Et vivre pleinement cette musique jusquau fin fonds de nos âmes. Voilà donc un disque qui illumine la face sombre de lélectronique, notamment en sublimant ses clichés.
Lexemple de « What once was west », lun des deux longs tracks gravés ici, est flagrant : de composition simple, presque évidente, il construit sur des fondations electro-dépouillées et tordues jusquau craquement, une chapelle aux voûtes acides, où flotte un air dune gravité majestueuse. Le mouvement est lent, le tympan retient ses vibrations, le vinyle semble frissonner.
De lautre côté, « John » ne se contente plus dune seule idée, et évolue en plusieurs périodes. Breakbeats épurés, sonorités aux aigus courbés dans une surprenante mélancolie (ces sons rappellent les Folds and Rhizomes en hommage à Gilles Deleuze sur Mille Plateaux notamment) et font place après un break deeper than ever aux cascades et saccades rythmiques chromées (logique, me direz-vous) ; brillantes vrilles, fréquences sidérurgiques, séquences acérées possédant les meilleurs rephlex, le festival semble infini...Enfin, la dernière partie revient jouer le premier thème, plus chargée mais si belle...
Heinrich at Hart, ou la confusion des sens.
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