SCANNER « Accretions » (série « Mort aux vaches » - Staalplaat) - 1996



Avec sa collection « Mort aux vaches », le label Staalplaat publie en fait les enregistrements de sessions live réalisées pour la radio hollandaise V-PRO, axées autour d'expérimentations bruitistes, électro-acoustiques et de compositions à dominante atmosphérique ou paysagère.
Ainsi retrouve t-on sans surprise des participants tels que Merzbow, Contrastate, Jorge Reyes, Illusion Of Safety ou les français d’Ultra Milkmaids, sans oublier justement celui qui nous intéresse ici, Robin Rimbaud et son projet Scanner.
L’œuvre qui résulte de cette commande, « Accretions », est courte (cinq morceaux pour 36 minutes) mais dense, et fait preuve d’une superbe unicité. Elle confirme aussi l'orientation très “musicale” prise par Rimbaud qui s’éloigne ainsi de l'abstraction expérimentale qui faisait l'essentiel de ses essais sur Ash International. Pour autant, il n’abandonne pas son outil fétiche qu’on retrouve ici, très judicieusement utilisé : les étrangetés sonores, et les quelques échantillons vocaux piratés intègrent cette fois la composition même de chaque morceau, dépassant en cela le simple collage.
Le disque sort du strict cadre de l'electronica (façon Beaumont Hannant, à qui l’on pense quand même à plusieurs reprises) pour s’enrichir ainsi de manière multidirectionnelle : gargouillis organiques, tuyauteries résonantes et fonctionnements mécaniques viennent habiter les dédales synthétiques froids et profonds. Et le fil qui nous tenait accrochés à la réalité se brise définitivement lorsque la voix de la mystérieuse Hilaire apparaît, souveraine, dans ce décor calme tout autant qu’inquiétant. Cette jeune femme lit en effet des textes de sa propre composition dont la musique devient le reflet imaginaire. La perturbation, voire le malaise proviennent alors du fait que cette voix reposante, détachée du texte, et cette musique quasi envoûtante ne laissent pas présager un songe aussi malsain.
L’ouverture du disque est comme un passage au delà de la conscience, vers la folie douce : entre scatologie et sexualité trouble, on évolue dans une maison étrange où Charles Manson se retrouve dans les toilettes pour femmes, dans le calme et le naturel. Un univers halluciné dont on ne sort qu’en toute fin de disque, brusquement, pour se réveiller sur Regent Street, caressée par la brise de décembre : “A dusting of glamour, falling like glitter…”. Un étonnant moment de romantisme glacé, sombre tout autant que somptueux.