SCHAMS
« Erres » (Shambala 002) - 1999
Publier un zine spécialisé en musique électronique
pour ne parler que de musique électronique : voilà un
cadre éditorial qui ne cesse dêtre franchi dans nos
pages. Trop de déraillements et dégarements, de
tentations en marge de notre chemin, et si peu de chance de retrouver
les cailloux semés derrière nous. Pas étonnant
quand on a la tête en lair et les oreilles grandes ouvertes,
de se laisser séduire, griser jusquau vertige par les musiques
les plus bancales, les sonorités les plus invraisemblables, les
projets les plus tortueux. Et den oublier doù on
est parti, pourquoi on prend son stylo après avoir lancé
le disque sur sa platine, et surtout à qui on sadresse.
Alors voilà, désolé mais Schams ne fait pas de
la musique électronique, du moins, pas à proprement parler.
Ce duo composé de J.L. Guionnet et E. Cordier est ici accompagné
de E. Brulebois pour ce tout premier enregistrement sur format CD. Et
pour ce faire, ils jouent du sax, de la cornemuse, de lharmonium,
de la vieille à roue, de la batterie et
des machines.
Si les mordus de musiques improvisées et autres jazzcore façon
John Zorn and friends ne seront peut-être pas plus dépaysés
que ça (cela dit je ne sais pas si beaucoup dentre eux
sattardent sur notre gazette de branquignols
), gageons que
dautres, néophytes en matière de free foutoir en
déconstruction, seront plutôt décoiffés (intérieurement)
par cette production. Et que les mutants sous perfusion de speedcore
psychédélique ne fassent pas la fine bouche à lavance,
car lexpérience est plus violente quil ny paraît.
Les morceaux traversés par les stridences cuivriques, gémissements
mécaniques et fièvre percussive sont des moments dune
intensité largement comparable à ce qui se fait de plus
dissonant et tordu du côté de la musique strictement
électronique. Ce sont ainsi de longues minutes, où
les diverses sources animées par les trois musiciens débattent,
se cherchent et se répondent sans jamais sannihiler ou
se perdre dans le chaos. Ce qui fait un peu leffet de ces ruptures
dont la scène noise est coutumière, sans que le morceau
supposé avoir été rompu ne réapparaisse
jamais. Des transitions comme constituants uniques, en fait. Et tout
ceci est réalisé avec une maîtrise de la décomposition
et du déséquilibre remettant à chaque instant en
question les à priori sur ce qui tient debout, musicalement
parlant. Indispensable, donc, ne serait-ce que pour relativiser les
idées reçues, en matière d écoutabilité.
Et puis, il ne faudrait pas omettre lexistence de magnifiques
passages de musique quasi concrète, comme le morceau-titre, tout
en légers tintements, fins parasites, grincements et râles,
jusquau confins du silence. Tout ceci paraissant abstrait au premier
abord, il ne tient quà lauditeur de faire en sorte
de se lapproprier et dy entendre ses propres rêveries
et mystiques. Voire même, de lutiliser dans un contexte
différent, dont lui seul aura lidée
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