2nd GEN

« Irony is » L.P.
« And / Or » E.P. (Novamute 68 & 63) - 1999

 

Sortis à l’extrême fin du deuxième millénaire, ces deux blocs de béton armé, à mi-chemin entre hip hop et industriel, sont l’œuvre d’un échappé de Fun :Da :Mental. Lassé du militantisme un peu systématique de son groupe d’origine, le gus est parti jouer de la truelle de son côté, pour notre plus grand bonheur.
La première piste de l’album « Irony is » a donc d’abord été l’objet d’un E.P., « And / Or », qui cimente le décor. Remixé par Techno Animal, maîtres du genre, ici accompagnés au micro par Dälek, le morceau se fait sale et sombre, mais reste quand même assez abordable. Le « Si Begg’s Bunckfunk 3000 remix » est, lui, un peu plus rapide et electrofunkisé (c’est le moins qu’on attend d’un pareil pseudonyme) ; il nous projette, à l’aide d’une grosse caisse caoutchoutée, dans une atmosphère plus cotonneuse, agrémentée de crescendos de bleeps saturés. Dernier remix, celui de Cold Kid demeure plus proche de l’original – un peu moins haché –, mais avec la même impression de puissance contenue, qui donnerait quelque chose de complètement trash si son surmoi foutait le camp d’un seul coup.

Pour en revenir à l’album, il convient de souligner son homogénéité quasi parfaite. Les morceaux qui s’éloignent alors de la ligne directrice sont « Black spring », incroyablement bluesy, à en fissurer la tombe d’Eric Clapton (ah ? il est encore parmi nous ?) et « Scarred », lent et lourd substitut cardiologique, pour vos moments les plus flippés (quand par exemple une grosse maman alien vous bave dessus). Le reste du disque se caractérise donc plutôt par des breakbeats tous calibres et plein de sons saturés rappelant souvent des guitares (mutantes, cela va de soi) : « Measurement 9 » joue la tension qui précède le combat, « Musicians are Morons » représente une ouverture du feu sans équivoque, « Buried » et « Schism » le pilonnage systématique, et « Irony is » boucle ce merdier avec des soubresauts encore très violents, mais aussi beaucoup de fumée.
Epilogue à une telle sauvagerie, « Slowburn » nous conte (paroles sur le livret à l’appui) ce qui hante cet esprit belliqueux : « I’m invisible energy and when I die no-one will remember me – not even me ». Au cas où, archivons consciencieusement ce furieux déluge, témoin du potentiel émotionnel d’un bétonneur hors-pair, 2nd Gen.