SILK
SAW « 4th Dividers
» (Ant-Zen Act 106) - 2001

Difficile dévoquer
autrement mieux ce disque de Gabriel Séverin et Marc Medea que
ne le fait déjà la fiche promo vraisemblablement rédigée
par leurs soins: « Division systématique du paysage sonore
: à savoir : découpe de terrain, angledozers en vrac,
marche dans un terrain lourd avec des chaussures cloutées, lapidation
des oreilles, portes et contre-portes, holzwege, paysage et glissements
de terrain syncopés, basse contrainte, culs-de-sac, interdiction
de sonner la retraite
». Rarement les apprentis journaleux
que nous sommes ne se sont sentis à ce point bluffés par
la force évocatrice des écrits accompagnant une réalisation
musicale ! Effectivement, latmosphère de « 4th Dividers
» est pesante. Les sas de dépressurisation sy font
pratiquement inexistants tout au long des 12 longs tracks, sans quon
en vienne dailleurs à chercher sa respiration. Au contraire
reste t-on volontiers à se complaire sous le joug des sub-basses
grondantes et kickdrums massifs, imaginant sans peine ces derniers provenir
dun cortège de boîtes à rythme en série.
On retrouve ici lessentiel des ingrédients du live-choc
que les deux bruxellois avaient magistralement livré au festival
Oblique Lu Nights de mars 2000 (celui-ci avait été enregistré
et est paru depuis comme première référence de
leur propre label, Hypraphon - ndlr), mis en uvre dans un nouvel
ensemble puissant et abstrait, le volume sonore ainsi développé
échappant soigneusement à toute représentation
formelle pour nexprimer que densité, profondeur, vibration.
Un volume sonore en mouvance incessante, induite par le mode denregistrement
très direct des deux musiciens dont la spontanéité
des interventions est favorisée : ils attentent alors de manière
récurrente à la structure des morceaux, dévient
les ondes et perturbent les boucles, la progression dans le disque donnant
finalement limpression dune linéarité accidentée.
Larsenal rythmique, aussi solide soit-il, paraît alors fragilement
métronomique, dune rigidité feinte et dune
unicité plus que relative, se désagrégeant par
instant.
Les éléments concrets générés et
reproduits en parallèle aux sources électroniques, loin
de renforcer les séquences installées, viennent jouer
les parasites, quils soient grignotements, clochettes, grains
de sable, ou accrocs mécaniques, tandis que les oscillations
persistent et sifflent, parfaitement indépendantes et bien peu
soucieuses dune quelconque régularité. Chaque morceau
avance ainsi comme dans un morphing permanent, évidemment imprévisible.
Il peut soudain monter en intensité, ou disparaître et
réapparaître plus loin, certaines plages du CD semblant
implicitement se rappeler les unes les autres (« No twists no
turns » et « Secretive Carillon » par exemple, ou
« Pave the way » et « Contre porte » dont les
cordes dissonantes et le vrombissement à en faire craquer ses
enceintes en font peut-être les deux plus belles productions de
Silk Saw à ce jour). Du moindre grain ou éclat naît
du rythme, très sporadiquement groovy (« Ratchet mechanism
», « Wrong door » et ses gouttes de piano comme tombées
dun arrosoir) mais relançant systématiquement la
dynamique et entraînant lauditeur jusquau fin fond
du disque, où la chute intervient avec brutalité.
Un dur moment pour lequel on aurait souhaité quun peu plus
de précautions soient prises, mais qui ne gâche rien pour
autant, mettant peut-être même mieux en évidence
lintensité que Gabriel et Marc ont su insufflé dans
leur musique, laissant une drôle dabsence derrière
elle. Vraiment impressionnant, Silk Saw, et unique surtout.
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