SULPHURIC SALIVA « Noisetracks » - (UW cd 003) - 2000

La bonne surprise du nouveau millenium, c’est l’arrivée sur UW de Christophe Leusiau, alias Sulphuric Saliva qui signe ici son premier album intitulé « Noisetracks ». titre on-ne-peut-mieux choisi car c’est bel et bien le « bruit » (au sens le plus noble du terme) qui est ici mis en relief, et quel relief ! En matière de bruit, Monsieur Leusiau, ne tarit pas de maîtrise, et pour cause : partie prenante dans Deep Joy, groupe electro-indus qui connu un succès certain et aujourd’hui ingénieur du son au sein d’un théâtre de Saône-et-Loire, autant dire que ce compositeur ne fait pas là ses premières armes…ouf que…sinon la claque aurait été fatale à ses confrères bruitistes ;
Le tourbillon, le terrassement sont effectivement au rendez-vous dès la première écoute de ce CD dont les composantes se regroupent en quatre tendances (celles-ci) n’engageant que la basique chroniqueuse qui s’adresse à vous) : de l’Extrême Patate, du Débilo-Break, de la Tribalitude et de l’Heavy-Ambient…soit un régal pour nos carnassières oreilles. Associons à ces catégories partiales quelques titres ravageurs : dans la catégorie n°1, « Inner violence apology » est élu “washing machine” du new millenium. D’une puissance extrême et aux rythmiques mêlant lourdeur des basses et envolées postillonneuses des snares et autres hi-hats, ce titre placé en tout début d’album en marque le ton et enrôle ses auditeurs au lasso. Cavalcade infernale entrecoupée de breaks de rémission supra-découpés, c’est 8 minutes de “violent noise” qui nous sont offertes.
Dans la deuxième catégorie, nommons « Catharsis » dont les sons à l’arraché percent des rythmes galopants, eux-mêmes rapidement doublés d’un kick on-ne-peut-plus assassin. Ce punk-indus hors pair, entrecoupé de nappes salutaires n’est pas sans rappeler un certain Saoulaterre à nos ouïes, relents que l’on retrouve d’ailleurs sur bien des titres, notamment dans le choix des samples vocaux.
Tribalitude ensuite, caractérisée, à mon sens, par l’incontrôlable (pléonasme) « Out of control » : alliant groove tribal et tubulaire à un décalage rythmique qui rend le morceau bancal à souhait, Sulphuric Saliva jongle entre transpouêt ! et cradosons…un vrai délice.
Enfin en ce qui concerne l’Heavy-Ambient, le choix étant trop difficile, plébicitons ex-aequo « Square lung », « Limits of patience » et « When we won’t have ears anymore ». Ces trois balles ambient (ou presque, méfiance…) confirment la maestria de l’ingénieur : maîtrise parfaite des crissements les plus violents, de la saturation, du souffle sulphureux et d’un esprit Pôle Nord post-atomique. Du “freezing noise” donc, aux sons déchirés/déchirants, mais bien souvent réchauffés par la rondeur d’un kick en contraste ou par des nappes vieillotes qu’on croirait tout droit sorties de nos vieux Tangerine Dream : robotors d’hier relookés 2000 puisqu’agrémentés de crissements et autres vrombissements.
C’est donc une première production tout à fait impressionnante que nous livre Sulphuric Saliva : remplissage optimum d’un espace sonore pluri-dimensionnel sur des rythmiques qui semblent passées à la moulinette, mais comme rebalancées par des canons à neige. Christophe Lieusiau fait littéralement brailler les machines et fait le pari d’une grosse pêche dans un salmigondis inommable, un chaos infernal à la sauce belge, saupoudré d’un zen de fourmis allemandes.
Pour information, le « Crash » de Sulphuric Saliva fait l’objet d’un remix par The Haker, galette 013 d’UW, sur laquelle figurent aussi des inédits de l’auteur…Ô joie ! En outre, bien d’autres sorties sont en attente, ainsi “tremblez bourgeois”, vous n’avez pas fini de saliver…ouarf…ouarf…

Deedoon