TORSION « Dark tatoo satellite » (Reload Ambient) - 1996

Torsion... D’emblée l’on sent la plus-value machiniste de l’univers sonore exploré par Delta Files. Cet album, c’est en tout cas l’impression véhiculée dès son intro, narre le lendemain de quelque chose. D’une guerre, d’une paix, allez savoir ? Mais en tout cas le calme sait prendre un sacré parfum de désolation (sur « Blues Patrol » ou « Indeniable evidence »). Parfois aussi le Tranquille se vêt d’absurdité, comme sur « El Mariachi toreador », ou de l’acid anti-riff de gratte électrique s’assujettit à un étrange “mid-no-tempo”.
Quand ensuite les machines se réveillent (par une progression rigoureuse vers la tuerie, dans « the hallucinogenic toreador », « battlefield », et pire encore, « dr 4000hz »), il y a un rodage progressif de l’auditeur... L’automatisé se souligne d’abord de lui-même, comme par volonté de contraste avec les nappes - entre Seeknesz et chants de baleines - , histoire aussi de montrer que la “techno”, c’est parfois simplement la matérialisation de l’impossible, union cataclysmique entre quelques éléments aussi simples qu’éloignés. Une fois l’envol pris, la machine semble se teinter d'âme - nous en jette en belle illusionniste - , pour donner l’illustration d’un film de guerre futuriste ressenti par un coeur humain.
Au final, ce travail, au-delà de sa maîtrise sonore et mélodique assez époustouflante, se trouve marquée d’une idée de cruauté étrange. Il laisse planer le doute, l’ambiguïté, entre machine et émotion. C’est par là que cet album de Torsion est assez terrifiant, même si moins foncièrement “Dark” que les précédents enregistrement de la collection, Seeknesz ou The Psychonauts Alchemy. Chaque album de chez Reload Ambient semble ainsi être une des pierres d’un édifice incompréhensible, et particulièrement beau.

Mr Øpless