V/A « s/t » (Addict 003) - 2000
V/A « Be sure to wear baggy pants and a visor » E.P. (Addict 004) - 2001

Après un second volume un poil moins intéressant que le formidable premier E.P. paru en 1999 (on y retrouve néanmoins la même bande d’affreux), revoici le label du Milwaukee fondé autour de Doormouse dans nos colonnes. Avec coup sur coup deux E.P.’s compilatoires permettant de faire le tour de ce nouveau réseau d’experts en plastiquage rythmique. Et s’il n’est pas question ici d’établir un hit parade des bastions innovants en matière de breaks et de beats, les allemands de Kool Pop ou Suburban Trash et les français de Peace Off n’ont qu’à bien se tenir : ça chauffe grave chez Addict ! D’autant qu’il y a de la ressource, notamment avec les guests parmi les plus expressifs du moment (Bombardier, Kid606, Venetian Snares).
En fait, il y a surtout Doormouse qui aligne depuis le début les standards idéalement situés entre hardbreak et hardcore. D’abord traditionnel et puissant comme il a toujours su le faire (Addict 001). Puis brutal et secoué, avec des coups de fouet façon Babalon et des attaques de kickdrums bien velus (comme de vrais-faux départs de cavalerie techno) sur Addict 003. Enfin, Doormouse assure 3 des neufs tracks du Addict 004, tour à tour dansant et déconnant (avec de grosses tranches de beats, agrémentées de clapotis de pianos et de vocaux drolatiques, genre « Pussy hair on my toilet seat »), speedé et sidérurgique (dans la lignée des Somatic Responses et autres Dj Freak), samplé et (inter)ludique (avec des extraits de fictions et une belle envolée analogique). Voilà qui fait de Doormouse un activiste punk incontournable, et qui nous conduit tout directement vers le 5ème volume de la série qu’il occupe tout entier. Et en attendant d’en lire plus, sachez déjà qu’il est énôôôrme !!!
Gardons-nous pour autant de refermer trop vite cette présente chronique. Car il y a encore sur nos deux vinyles de bien belles séries de breakbeats totalement déjantées. Par exemple, Stunt Rock et J-Slim (peu d’infos à vous donner sur ces deux-ci ; on se demande d’ailleurs si ça n’est pas une seule et même personne) : sur Addict 003, ils se repassent un sample du tonnerre (« Man don’t you know who I am ? I’m big dick black » ou comment un gaillard monté comme un poney s’énerve quand on lui refuse un rôle dans un film porno) autour duquel ils font trébucher des séquences au moins aussi défoncées que les incroyables ruines rythmiques de Fever sur DHR (cf. leur album « Too bad but true »). On retrouve ensuite J-Slim à deux autres reprises sur ce 3ème volume avec une seule et même pièce, sorte de long dub surmontée de quelques légers effets, façon scratching par exemple. Et c’est plutôt sur le 4ème maxi que réapparaît Stunt Rock, cette fois dans une sorte de breakcore satanique, très caricatural et assez rigolo, puis juste après dans un nouveau genre : le country break. Il faut entendre ça ; nous, on est fan !!! La suite pour Stunt Rock ? Et bien c’est déjà le « Take off your blouse » E.P. (Addict 006) livré au début de l’été 2001. Achetez-le sans hésiter.
Au fait, question breakcore, ce Addict 004 est plutôt bien servi, avec une collab’ furibarde entre notre Kid606 préféré et Bombardier, un petit punk de San Fransisco déjà repéré sur Vinyl Communications (c’est d’ailleurs le Kid qui l’y fait signer pour un premier album), Hangars Liquides et récemment CFET. Ou avec The 13th Hour (publié depuis sur Low Res), très convaincant lui aussi. Et encore avec le génial Venetian Snares, dont le track ici gravé est à la hauteur de son monumental album avec Speedranch sur Planet Mu (« Make orange things »).
C’est fini ? Pas tout à fait puisqu’il reste à faire rebondir deux belles pièces electro. D’abord Pressboard, sur Addict 003, joue un son précieux comme il s’en fait chez Anton Price ou chez certains ricains (Quench, Funckarma…). Et ça fonctionne, c’est même un vrai beau morceau. Puis, Abelcain, sur Addict 004, part de partitions contemporaines de violons pour progressivement glisser dans un plan rythmique digne, tiens donc, de Doormouse. Excellent, à nouveau. Et pour ceux qui n’auraient rien suivi à la répartition des morceaux sur chaque maxi, qu’ils ne s’en fassent pas. Tout est à prendre sur Addict, du moins jusqu’ici !
NB : on a oublié un ou deux artistes au passage, comme EULB dont le bizarre track, un peu tribal façon Anibaldi sur Rephlex, devrait encore renforcer l’intérêt du 3ème E.P. . Que du bon, on vous dit !