V/A « Alternative Frequencies 3 » (Worm interface CD 015) - 1998

Permettez, chers lecteurs, cette petite saoulerie laudative au retard confondant. Cette sélection de pièces du catalogue de Worm Interface date de 1998, c’est à dire, à la vitesse où défile l’information dans le domaines des musiques “actuelles mais avec un peu d’avance, parce que il faut pas charrier quoi”, d’au moins la préhistoire. Pourtant, ce caractère antédiluvien n’en amoindrit pas les charmes. À la fois cosmopolite - les participants viennent d’Angleterre, du canada, de Suède, des USA, de Russie et du Japon - et unitaire - le champ d’influences sonores de l’ensemble nous est familier -, cette compilation s’écoule tranquillement.
Que des tout jeunes, comme s’il s’agissait d’une présentation de travaux de fin d’année. On s’amuse à repérer les influences : Squarepusher pour Baraki, The Black Dog pour Rook Valard, et même Beaumont Hannant pour Plod. Ça amène le sourire, mais ça aide aussi à prendre conscience que cette musique sans nom (electronica ? Bof…), qu’on aime et défend depuis trois plombes, a déjà une histoire. Sur le coup, ça fait un petit pincement au cœur, ça porte à aller recompter ses cheveux blancs. Mais l’on est tout aussi rapidement rasséréné lorsqu’apparaît, éminente évidence, la perspective d’un futur. Mirifique. Car il y a Freeform, qui à force de ne pas arrêter de confirmer, finira bien par nous tuer. Surtout il y a Gescom (Autechre), qui laisse tout, tout le monde, tout le reste, sur le carreau, médusé. Ils confirment sur cet hymne nommé « Leritue (gibber mix) » ce qu’annonçait déjà leur étonnant remix de Tortoise cet hiver : ils ont compris leurs machines, ils se parlent et échangent points de vue et sentiments. Du fragment, de l’épars, émergent avec aisance une mélodie et un beat enveloppants.
Aussi populaire qu’exigeant. Il est émouvant de constater que la ré-évolution a encore de la ressource. Chapeau bas, tout bas…