V/A « Decay » (Ash International 039) - 1998

Decay est le troisième volume d’une trilogie consacrée aux compositeurs, connus ou peu connus, de pays comme le Japon pour le premier volet, intitulé « Chiky(u)u », et les USA avec « Scatter », pour le second volet. Ici les origines sont européennes pour des artistes dont l’art traditionnel n’est certainement pas la fabrication de dentelle. Les morceaux sont hétéroclites et évolutifs, pour des rythmes qui n’éblouissent pas pour leur rapidité, mais plutôt par l’utilisation de sons tranchants.
Le voyage sonore commence avec Fransisco Lopez, madrilène, et son simili-romantisme de gare : introduction au goût de film noir, années 50, sur “fond d’usine”. En habitué des phénomènes cataclysmiques, Panacea s’engage quant à lui dans une cascade de satures et d’interférences, pour une composition proche d’un trip-hop massacré avec légèreté. Direction Londres, où Put Put (sic) prend le relais des fréquences, façon Robin “Scanner” Rimbaud et terminant sa prestation dans un fracas de grelots. Vient ensuite « I saved M.I.T. (yes I did) », composé par Edward Graham Lewis, suédois, reproduisant à la perfection le tournoiement d’un hélico, dont le pilote serait convaincu “qu’il l’a fait”… Difficile ici de vous prouver et l’ntérêt de la chose, et ma déception quand le morceau ce termine brusquement par une coupure de courant.
Dans le genre saturation on trouve également Hecker et son « DDD-03 », qui malheureusement n’atteint pas le degré de singularité des précédents. Même constat pour AER qui se contente ici d’enregistrer des gazouillis d’oiseaux, des grondements de tonnerre, et tapis de feuilles. Puis vient Anton Nikkila dont le morceau, plus qu’anecdotique, fait office d’interlude.
Shirt Trax, de Brighton, manie le rythme lent et les fréquences courtes qui contribuent à créer une structure cohérente comme des touches d’essais sur un tableau de Picasso. La grande originalité de ce volume est en fait pour Fennesz (du label Mego) et sa guitare, un bout de bois et quelques cordes, dont le son amplifié jusqu’à l’infini, et qu’aucune pédale d’effet ne pourrait reproduire, donne à la pièce d’écoute la dimension d’une cathédrale. « Surf », le nom du morceau, résonne de pureté. Pour terminer, une touche d’humour avec Noto, venu de Chemnitz (spécialités : métallurgie et textile), chez qui alarme et blips de vieux synthés modulaires (type D2R2) font bon ménage.