V/A « House of distraction » (Schematic 016) - 2001

Parallèlement aux albums « Brownout » de Phoenecia (Schematic 018) et « 8000 B.C. » d’Otto Von Schirach (Schematic 017), la révélation électronique de cette année 2001, le label-phare de Miami publie cette compilation dont le tracklisting laisse comme d’habitude rêveur. On n’a honnêtement pas bien saisi le concept de ce double vinyle dont les faces sont référencées de C à F (où sont passées les A et B ?) et dont certains titres de morceaux comportent le nom de Richard Devine mais aussi de Jeswa. Album de remixes ou hommage précoce à ces talentueux musiciens, tout ce qu’on sait, c’est qu’ « House of distraction » apparaît comme le 3ème volet de la série « Ischemic » après les « Folks » et les « Strokes ». Et qu’il fait, comme ses prédécesseurs, figure de luxueuse vitrine pour l’electro crépitante et le hip hop mécanique made in Schematic. Les artistes qui ont fait sa réputation sont tous là, ou presque, de Devine à Takeshi Muto (en réalité Romulo Del Castillo, de Phoenecia) en passant par la jeune garde, Delarosa&Asora, o9 ou le précité Von Schirach. En sus sont conviés quelques bidouilleurs notoires comme les californiens de Matmos et de Mannequin Lung ou l’anglais Matthew “Radio Boy” Herbert. Du coup figurent au programme plusieurs pièces haut de gamme : o9 qui semble en mesure d’assurer le relais derrière Plaid avec son « Happy bot » aussi chaleureux qu’inventif ; Monsieur Devine de retour de chez Warp confirme ici son goût pour les réverbérations, grincements et bleeps acousmatiques (« Forec frame ») ; Matmos, évidemment, dont les circuits imprimés tout tordus, le sampling pétillant et les bonnes vibes nous font l’effet d’une séance d’acupuncture doublée d’un massage thaïlandais. S’attaquant au répertoire de Devine (« Infects Devine », justement), les deux golden boys nous gratifient d’un remue-ménage électronique parmi leurs tout-meilleurs.
Takeshi Muto / Del Castillo effectue, lui, un long et lent déhanché, avec rythmique appuyée et claviers entêtants comme il sait si bien les produire. Aussi génial à danser qu’à mixer. Pour ceux qui n’auraient pas encore fait la connaissance des fulgurantes éjaculations soniques d’Otto Von Schirach, « Mr Magnesium falls in love » est l’occasion de débuter sur un coup de foudre vitaminé. Impressionnant, le garçon. A ne pas manquer non plus, l’essai joliment transformé d’Herbert s’emparant à son tour de la matière sonore mise à disposition par Richard Devine : sa déambulation sur fond de brouhaha mécanique est un autre incontournable de la compilation. Enfin, Dino Felipe évolue sur les traces de Tom “Squarepusher” Jenkinson, et son post-free jazz est une agréable découverte qu’on a déjà hâte de retrouver sur de plus conséquentes productions.
Résumons-nous : « House of distraction » est à conseiller à ceux qui souhaitent découvrir Schematic, le label qui a changé la face de l’electronica, mais aussi aux amateurs de groove, d’ambiance feutrées et d’expériences électro-acoustiques qui tous y trouveront leur compte. Quant aux mordus du Miami sound machine version troisième millénaire, il n’y a déjà plus rien à leur apprendre sur l’excellence des douze inédits présentés ici.