V/A
« The theory of evolution
» (Warp LP29) - 1995

La techno, de par
certains aspects, sait fort bien adhérer au vaste mouvement de
balancier auquel se livrent les influences musicales, rythmiques, stylistiques,
entre les principales places et continents dacclimatation. Dans
cet ordre didées, la perfide Albion, limmensément
prolifique Grande-Bretagne, a toujours été accusée,
par tous les pseudo-musicologuesnrollers (théoriciens
dun « Vrai » musical qui nest que le produit
de leurs fantasmes), de chaparder systématiquement toute invention
ou nouvelle vague germant ailleurs...cet ailleurs rimant
le plus souvent, au mépris de toute loi des rimes dailleurs,
avec Etats-Unis. Nous nallons pas ici énumérer
les exemples pour dresser un « catalogue historique », ce
serait insulter et la musique et lhistoire. Mais il est indéniable
quils existent et sont nombreux, plus encore dans la techno et
son accélération du mouvement dévolution
de la musique ; à cet effet il suffit de se rappeler des querelles
quatrevingthuitaines et puristes autour du lieu de naissance de l
Acieeeeeed house...
A lheure actuelle, la techno peut sembler parvenir à un
certain âge adulte : ceci se marque par une certaine
nostalgie, une prise de conscience dun passé, de racines.
La qualification de Vide musical dont certains affublent un peu trop
hâtivement les eighties écoulées sen trouve
démystifiée: outre la techno, cette période a,
mine de rien, également vu naître et se développer
le rap. Lélectro (do you remember « Planet rock »,
où Afrika Bambataa, déjà reprenait Kraftwerk ?)
est de même un point de jonction vers lequel nombre de nostalgies
convergent. Le trip-hop, parallèlement, louche avidement vers
les racines du hip-hop. En ce domaine, celui de la réassimilation/déglutition
des origines yankees, cest effectivement lAngleterre qui
semble encore tirer son épingle du jeu (le label Peacefrog en
est un brillant exemple, les américains Dan Curtin ou Dan Bell
sy illustrant de façon émérite).
« The theory of evolution » en est aussi exemplaire. Résumé
des aventures du label Evolution, il réunit des morceaux issus
dentités telles que Link ou Reload, qui gravitent toutes
plus ou moins autour du concept ambient-groove Global communication.
Ce sont donc ici diverses ambiances qui sentremêlent, du
funk le plus préhistorique rehaussé de vocoders hilarants
jusquaux breakbeats les plus variés, des plus sensuels
aux plus concassés (lanarchie jungle est passé par
là). Au final, un patchwork détonnant, conservant en permanence
un groove furieux, irrésistible.
Cette tendance au catalogue peut certainement agacer, on est certainement
très futé chez Warp, très habile à humer
lair du temps ; mais au-delà de cette obsession de radiologues,
il demeure en un album comme celui-ci le simple plaisir distillé
des pieds à la tête par une maestria électronique
aussi bringuebalante et cintrée.
|