| V/VM
« Masters of the absurd » (V/Vm test records purple black) - 2000
« Rock me (H)Amadeus » (VVMT 10) - 2000
With Loin El Glitchie & Chris De Burger (BUTCHER 01) - 2000
With Hein 0 (BVB 09) - 2001
« Sick Love » (Offal 03) - 2001
and other weird stuffs from Stockport
Sans pousser trop loin la comparaison, on est vraiment tenté de rapprocher la démarche de V/Vm et du français Saoulaterre, tout en espérant dailleurs que la rencontre - pas du tout improbable - se fasse un jour. Acharnés de lauto-prod, jusqueboutiste du système D, ils ont su se positionner au cur des plus intéressants réseaux du moment, linternationale du bruit se pressant sur leurs sillons respectifs - Kid606, bien sûr, Rehberg&Bauer, Chicks On Speed ou Goodiepal pour James V/Vm Kirby, Nomex, Gamaboy, Christoph Fringeli, Somatic Responses, Pisstank chez Boris Saoulaterre Domalain - tandis quils essaiment actuellement leurs tracks et E.P.s avec succès - Digital Narcis, Pitchcadet, Fat Cat, Nature pour le premier, Mixer, Irritant, Sphénoïde ou Ultra Annoying pour le second .
Du bruit, justement, ils en font lun et lautre, et du barjot qui plus est, insidieux, sauvage, drolatique ou émouvant, en tous cas sans tabou. Preuve en est par exemple leur acharnement commun à recycler à tout de bras les standards de la pop music, avec plus ou moins de respect (il y a dailleurs dans la propension de V/Vm à charcuter, déglutir, vomir - on ne sait plus très bien - ces offals / abats sonores, une relation assez ambiguë quil ne semble pas totalement maîtriser) et ce, sous couvert de pseudos tous plus délirants les uns que les autres.
Quoi dautre ? Assurément le soin mis à développer leurs univers personnels, animés donc par le recyclage - James Kirby sexprimant à laide de rebus de langage informatique dans ses notes de pochettes, dont le contenu fait alors penser à de lécriture automatiquement détraquée -, mais aussi le sens de la subversion et bien sûr une vraie conception de lunderground - évidemment amplifiée chez UHT/Saoulaterre - . Sans oublier toutes les chouettes fabulations engendrées par ces deux esprits fertiles. Et cest dailleurs comme on était plongé dans les élucubrations parisiennes de notre cataphile préféré, de Cavage en Polytox, Dombi Funky par ci, DX Media par là, quon en a presque entièrement occulté de longs mois dintenses V/Vmeries, à nouveau marqués par une série de pièces de boucher parmi les pires du genre. Doù ce retour sur ce qui nous a fait rire et/ou nous a enthousiasmés en 2000 et 2001 dans la discographie de lirréductible de Stockport.
A commencer par des 7 en-veux-tu, en-voilà sur le mode du détournement et du saccage, tels que le « V/Vm with Loin El Glitchie & Chris De Burger » (on devine qui sont les vedettes qui se font salement amocher), le « Rock me (H)Amadeus » (pauvre Falco !), ou le plus récent « Sick Love » (en 12) qui compile lui-aussi une sacrée tripotée de standards massacrés sous le prétexte de chercher à comprendre la formule secrète qui fait quun morceau devient une love song (autant dailleurs se procurer celui-ci pour faire le tour de ces travaux assez systématiques). A écouter encore, le 7 du Kid606, « Attitude » où le fameux « Straight outta Compton » de N.W.A. est passé à la moulinette (comprenez dans les softwares pour le moins corrosif de son portable) ; il sagit là dun avant-goût du CD 3/ vinyle 12 paru parallèlement sur Tigerbeat6 où les poteaux du Kid sont invités à revisiter luvre du plus grand groupe de rap
de leur quartier. Pour finir au rayon déconnade, on vous recommande « V/Vm with Hein 0 » qui reprend, évidemment cotre toute attente, lhymne du Borussia Dortmund sur fond de dance-music bien rance, sortie du tréfonds des années 80. Tout ça pour célébrer la victoire de ce club en coupe de lUEFA en 1997 (merci au passage à V/Vm de nous remémorer ce moment danthologie du football européen, que nous aurions trop facilement tendance à oublier).
Mais ce qui apparaît clairement comme le plus consistant, cest « Masters of the absurd », le premier vrai LP depuis fort longtemps. Vraisemblablement entièrement composé/dégurgité par James Kirby, il permet de revenir sur tout ce qui constitue le savoir-faire V/Vm. Et lon se rappelle alors que le travail de ce garçon ne sécoute pas en toute sérénité. Certes, il y a toujours de longues plages de repos, façon « Chevauchée des Walkyries » cuite à létouffée (« You reckon, you understand »), romance noyée sous des tonnes de fonte (« Point 6.103 to zero »), ballade de crooner désaxé(e) (« The night has a thousand eyes ») ou bande-son pour une paisible descente de rivière souterraine (« Time for reflection / why ? »). Autant de propositions pour une ambient music résolument originale, dans tous les sens du terme.
Mais il y a surtout ces moments de grande intensité, dramatique (« Fanfare for the common pig farmers ») ou comique avec « Careless trotter (tonight the music seems so loud) » où lami George Michael se fait démonter et distordre comme jamais. Certains tracks se font plus tendus et grésillant (« Milk, milk, milk [
] the system like Bob Rambo ») tandis que dautres frôlent lépouvante sur fond de métal geignard, de râles quon préfère ne pas chercher à identifier, et de fracas rythmique vraiment impressionnant (« Last night a dj saved my tripes »). On y entend alors jusquà lentrechoc des maillons de la chaîne servant à accrocher les cadavres, comme ce « He aint heavy, hes my butcher » idéal pour installer une ambiance de chambre froide au cur dun mix electro-indus ou « Top of the pop-chops » et ses interminables résonances percussives. Difficile alors de ne pas se sentir mal à laise, assailli par ces évocations cauchemardesques de lindustrie de la viande, poussé physiquement dans ses retranchements par un bruitisme franchement exacerbé, ne se posant pas beaucoup de limites.
Plus que jamais, James Kirby frappe fort, nous assénant ses obsessions bouchères tout en exerçant une étrange fascination. Ainsi « Masters of the absurd » nest pas à prendre à la légère, sous peine de se faire vigoureusement agresser ou au contraire de passer à côté dun disque-choc en ny entendant quun effroyable tintamarre.
Tendons plutôt, avec prudence tout de même, loreille
pour écouter ce que la déliquescente société
de consommation inspire à V/Vm. Et remettons-nous à suivre
de plus près ses sauvages et fantasques publications, à
chercher du côté de chez Bimbo Tower, Mange-Disque Distribution,
ou en import via le net.
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