V/VM vs THIRD EYE FOUNDATION (Fat Cat 006) - 1998


Voici un split EP passionnant, respirant l’anarchisme électronique autant que la décadence des chapelles musicales qu’on disait subversives (du rock à la techno). Qui plus est, ces deux projets, chacun à sa manière, semblent se jouer des nouveaux codes d’une modernité musicale illusoire. La musique de Third Eye Foundation et V/Vm se veut sans âge ni complaisance pour les hypes du moment, dont elle écorche les clichés au passage. Il y a ici les marques d’une indépendance forcenée dont on aime à s’imaginer le sourire narquois.
Pour « There’s no end in sight », occupant toute une face du maxi, Matt Elliot, - aux commandes de Third Eye Foundation, ici remixé par KS Collective - réussit parfaitement à s’affranchir de toute contrainte stylistique : sa musique touche à l’âme avant même qu’on songe à essayer de l’identifier. Avec l’impression d’une errance libertaire autant qu’intime, on pénètre dans ce morceau comme on s’aventure dans une zone de non droit ; les multiples évocations qui viennent alors ne peuvent que rendre ce moment très particulier, comme le laisser aller d’une matinée lysergique. Sueurs froides d’abord, éclats de rythme névrotiques et orchestration oxydée, puis une langueur soudaine, évanescente : la musique ondule alors dans un contre-jour voilé, derrière lequel les bruissements se jouent de nos sens. Douce descente...
La seconde partie de ce maxi bicéphale - quatre morceaux réalisés par James “V/Vm” Kirby - souffle le vent de l’hérésie, prêt à brûler sur le bûcher de la modernité. « Lumberjack WLTM » vrombit comme un requiem pour entrepôt en démolition, le fracas se confondant presque avec le thème funèbre, véritable chant du cygne electro-industriel. Puis, c’est « Female pig helder” qui voudrait s’imposer comme le dernier pyromane de l’ère techno, jetant SH101 et TR808 au milieu d’une forge made in Usinor. Le troisième track « Looks unimportant, poss romance » se débat, craquant et fumant dans des torsions éperdues. Enfin, « Will travel, north west” finit par disperser les cendres de ce brûlot électronique, songe chaotique qu’on aimerait parfois sans retour.