I:GOR « Depresja » E.P. (Russian Roulettes 005) - 2001

 

Russian Roulettes n’est pas connu pour faire dans la dentelle. Mais ce E.P. d’I:GOR, s’il a été le premier des cinq parutions de ce label à véritablement attirer notre attention, risque d’avoir failli à la dite réputation. Enfin, disons qu’il n’envoie pas le danone du premier au dernier tour de platine. C’est sur la face A, surtout, qu’I:GOR s’exprime avec le plus de retenue. L’atmosphère est résolument ténébreuse, et le prédicateur fou, qui intervient sur le morceau-titre pour nous annoncer le retour de la bête, ne fait rien pour nous rassurer. Hip hop souterrain, nappes glaçantes, échos métalliques dans un premier temps en intro. Puis, la même rythmique, mais façon coup de boutoir, venant constituer un track absolument magistral, entre danse et frisson. Derrière, « End of the days » poursuit en décrivant un univers désolé, seulement habité par des breakbeats jazzy. Voilà ce qu’aurait pu donner l’hypothétique rencontre entre Mick Harris et Amon Tobin. Et qui, il y a quelques années, aurait pu figurer sur le superbe mais défunt Zero Tolerance records.
Face B, l’heure est plutôt à la furie, avec 3 morceaux déjantés et démontés à souhait, nous donnant comme un avant-goût de l’Armaggedon annoncé précédemment. Sur le coup, c’est vrai que ça donne envie ! Il y a d’abord « Do you think it’s over » et sa mitraille tchéchène cartonnant tous azimuts. Impossible de passer à travers les balles. Mais I:GOR n’oublie pas de déconner en plein cœur de cette guérilla, se payant, comme Venetian Snares sur « Glue Funk hits… », une cantatrice d’opérette pour chanter sous les bombes. Toujours fendard.
Un cran au dessus, « Dysonans » pilonne méthodiquement comme sur Bloody Fist, Kotzaak ou plus récemment Deathchant, et cette messe noire vraiment hardcore nous renvoie à son premier E.P. sur Hangars Liquides. Enfin, « Fireball 04 » semble prendre son pied dans la saturation, entre samples distordus et avalanche de caisses claires. Court, mais assourdissant comme il faut.
Depuis ces deux faces ensorcelées, I:GOR a été aperçu chez Suburban Trash Industries en compagnie de Slepcy, puis chez Low Res. Il est aussi prévu de l’entendre sur long format chez le français M-Tronic (chez qui on peut entendre Dither et Madla Fronta). On attend ça avec impatience.

S.Y.D.