LESTER LEWITT E.P. (Elf Cut 003) - 1998

 

Loin de la hype et du “french sound” ; loin aussi, et c’est déjà nettement plus malheureux, des boutiques de nos contrées (faute de distribution par chez nous), le label Elf Cut poursuit sa quête. Nouvel onguent des plus précieux, ce troisième volume révèle un artiste inconnu aux ouïes attentives (les miennes en sont d’ailleurs restées bouche bée).
Yuri “Lewitt” est jeune ; et, c’est bien l’apanage de la jeunesse, un brin plus “athlétique” que ses prédécesseurs. Le disque part en sprint ; les percussions entremêlées se livrent à une cataclysmique sarabande : l’impression est un peu celle de se trouver aux commandes d’un vieux coucou de l’ère Mermoz, fermement décidé à dépasser le mur du son quoiqu’en puissent penser l’âge et les rhumatismes de l’appareil, alors que le pilote automatique, pas fou, vient juste de se faire la malle. L’attrait savoureusement délictueux du risque et de la bride bien abattue...
Ce napperon rythmique aux inflexions chaotiques ne se défait jamais pour autant de sa suavité : l’idée mélodique persiste, même quand la susdite mélodie reste terrée entre les moellons déchaussés de la forteresse rythmique.
Virtuose (à l’instar, presque, d’un Squarepusher), mais gentiment, c’est-à-dire sachant ne pas taire la fragilité, Yuri se taille d’emblée une place de choix dans le peloton de tête de la drum’n’bass évoluée.
Et le label Elf Cut ne se départit donc encore pas, de ce qui semble être sa marque de fabrique : une grâce onctueuse et persistante, une essence poétique tenace et pourtant perturbée par d’incessantes trépidations.

Mr Øpless