LOGATOMISTES « Ke.re.kö.kö.kokex » (Vacuum 10.0) - 2002

Autant le dire tout net, c’est le disque qui s’est le plus mal vendu chez Vacuum. Pas étonnant qu’il ait été le dernier de la série avant que Stefan Alt décide d’arrêter les frais. Ceci étant, il y a forcément du stock, et on ne nous reprochera pas cette fois de nous enthousiasmer pour un truc introuvable. Au contraire, c’est même ici l’occasion de tenter, modestement, de lui donner un second souffle, en vous encourageant à vous approprier, comme nous l’avons fait, cet objet sonore, et d’en habiller votre intérieur à tous les sens du terme. D’autant qu’on a affaire à des spécialistes en « Logatomie », autrement dit de vrais habitués de l’anormal (et des oxymores ?!!), adeptes du concept sans queue ni tête, amoureux du son sans autre explication : Gabriel “Rob(u)rang” Séverin, C-Drik Fermont (alias Monsieur Brick) et John N. Sellekaers, qu’on ne présentera pas une nouvelle fois ici. De la fine équipe, me direz-vous. Chacun d’entre s’étant déjà illustré dans ce registre fait de glitch et de brol, de pics et d’ondes, bazar bizarre (comme on dit à Bruxelles) délicieusement ambiancé : Ultraphonist pour l’un, Axiome pour le second, Urawa pour le dernier. Et maintenant donc, Logatomistes.
Pour aussi court qu’il soit (quelques 45 minutes), cet album, dont on devine qu’il contient les extraits d’un jam à trois côtés, célèbre à la fois micro-sonorisation et maxi-sensation. D’abord, ça pique, chique et gratte, ça frotte et griffe, juste pour se faire plaiz’. Très vite, ce sont sifflement et bruissement, nappe caressante, parcelles de jazz, rumeurs enfantines. Apaisant, mais ne cédant rien aux tentations lounge. Puis clics, cuts, oscillations et contorsions. Entrelacs de vagues et de brumes. Un instant, des images simples viennent ainsi à l’esprit. Les fréquences vibrent aux portes de l’inaudible, et peu à peu craquèlent, bientôt fusent, enfin bourdonnent. Suivant le labyrinthe acousmatique, on déambule entre éclats rythmiques, résonances et dissonances. Grésil et friture, parasites et ultrasons : la musique se fait friable. Clameur nocturne, lueurs et crépitement. Echos et ressorts : la musique devient élastique. Braillements et gargouillis, borborygme et robotique : Musique animale ? Crépitements et bruit blanc : musique à feu doux. Musique douce, surtout. Logatomistes, puisqu’on vous le dit. A découvrir, sans attendre que ça parte bêtement au rebus.

S.Y.D.