OBJECT « Release the object » (Foton 003) - 2001

Ca va faire un moment que Ryoji Ikeda n’a plus le monopole des “test-tones”. En l’espace de cinq ans, la concurrence est devenue rude, notamment du côté de Raster Noton, avec des gens comme Coh, Goem, Kim Cascone, ou encore Carsten Nicolaï (alias Alva Noto), tous ayant tendance à être plus productifs que leur aîné japonais. De quoi lui donner de l’onde à retordre et l’obligeant à des rapprochements avec ce nouveau cartel des minimalistes européens, montant même avec l’un de ses chefs de file, le susnommé Carsten Nicolaï, le projet Cyclo afin de rester au premier plan d’une scène de plus en plus exiguë.
Tout ceci sans parler des outsiders, ces labels et artistes reprenant à leur compte l’héritage des pionniers, le faisant vivre dans une dynamique nouvelle et soufflant ainsi le vent du changement sur une musique guettée par l’immobilisme, menacée par les schémas.
C’est, vous l’aurez compris, le cas du bruxellois Foton, qui met les pieds dans le plat expérimental à raison d’une production tous les deux ans, et bouscule à chaque fois le petit monde des basses et hautes fréquences. Après Urawa et Ultraphonist, Foton nous présente cette fois-ci Object, dont il publie la toute première référence. Ce dernier fait effectivement péter les ultra-sons d’entrée de jeu. Histoire de donner la couleur. Mais la forme, elle, ne tarde pas à prendre la tangente de manière carrément tribale. Les pics kilohertziens se retrouvent au cœur d’un mouvement de micro-percussions se décalant imperceptiblement, de contretemps en contretemps. Puis se mettent à scintiller aux confins du grésillement, avant de céder ponctuellement la place à un groove façon “click n’rumble”. Etonnant, n’est-ce pas ?
Plus loin, on plonge quand même dans le jusqu’au-boutisme, de quoi déconcerter jusqu’à Mika Vainio. Mais on ne peut s’empêcher d’entendre, dans ces va-et-vients entre mire radiophonique et crépitements digitaux, une sorte de plaisanterie que seuls les auditeurs les plus rigides prendront sans doute au sérieux…Idem quand le son se met à flatuler et éructer, comme si le « + /- » d’Ikeda s’était chopé une gastro. Une relecture sans queue ni tête, qui se joue de toute tentative de compréhension.
La troisième partie du CD nous redonne quelques repères, le temps d’une boucle bien bancale (à laquelle il manque un pied, donc) et filtrée à la mode techno. Mais il n’y a bien que les branques dans notre genre pour trouver moyen de bouger l’arrière-train. Remarquez, on trouvait déjà funky les disques de chez Sähkö, alors pourquoi pas celui-ci ! Du coup, autant ne pas s’arrêter en si bon chemin et poursuivre nos curieuses mais irrésistibles ondulations, en se laissant guider par les bruissements et clapotis crypto-rythmiques peuplant les dernières minutes de cet album. Celui-ci s’évanouit alors doucement dans notre environnement, au détour d’une lame de fond, singeant pour mieux tromper notre attention, tout à la fois le frottement du diamant en fin de vinyle et le ronron persiflant d’un mac G3 (tel que celui de notre webmestre…). On s’y laisse prendre, le sourire aux lèvres, et pousser vers la sortie sans même protester…
Voilà. Finalement, on avait prévenu nos amis de l’experiment’hype : on a beau ne toujours pas savoir qui se cache derrière Object, il va pourtant bien falloir lui faire une place, et pas celle d’un figurant !