Ca va faire un moment que Ryoji Ikeda na plus le monopole des test-tones. En lespace de cinq ans, la concurrence est devenue rude, notamment du côté de Raster Noton, avec des gens comme Coh, Goem, Kim Cascone, ou encore Carsten Nicolaï (alias Alva Noto), tous ayant tendance à être plus productifs que leur aîné japonais. De quoi lui donner de londe à retordre et lobligeant à des rapprochements avec ce nouveau cartel des minimalistes européens, montant même avec lun de ses chefs de file, le susnommé Carsten Nicolaï, le projet Cyclo afin de rester au premier plan dune scène de plus en plus exiguë.
Tout ceci sans parler des outsiders, ces labels et artistes reprenant à leur compte lhéritage des pionniers, le faisant vivre dans une dynamique nouvelle et soufflant ainsi le vent du changement sur une musique guettée par limmobilisme, menacée par les schémas.
Cest, vous laurez compris, le cas du bruxellois Foton, qui met les pieds dans le plat expérimental à raison dune production tous les deux ans, et bouscule à chaque fois le petit monde des basses et hautes fréquences. Après Urawa et Ultraphonist, Foton nous présente cette fois-ci Object, dont il publie la toute première référence. Ce dernier fait effectivement péter les ultra-sons dentrée de jeu. Histoire de donner la couleur. Mais la forme, elle, ne tarde pas à prendre la tangente de manière carrément tribale. Les pics kilohertziens se retrouvent au cur dun mouvement de micro-percussions se décalant imperceptiblement, de contretemps en contretemps. Puis se mettent à scintiller aux confins du grésillement, avant de céder ponctuellement la place à un groove façon click nrumble. Etonnant, nest-ce pas ?
Plus loin, on plonge quand même dans le jusquau-boutisme, de quoi déconcerter jusquà Mika Vainio. Mais on ne peut sempêcher dentendre, dans ces va-et-vients entre mire radiophonique et crépitements digitaux, une sorte de plaisanterie que seuls les auditeurs les plus rigides prendront sans doute au sérieux
Idem quand le son se met à flatuler et éructer, comme si le « + /- » dIkeda sétait chopé une gastro. Une relecture sans queue ni tête, qui se joue de toute tentative de compréhension.
La troisième partie du CD nous redonne quelques repères, le temps dune boucle bien bancale (à laquelle il manque un pied, donc) et filtrée à la mode techno. Mais il ny a bien que les branques dans notre genre pour trouver moyen de bouger larrière-train. Remarquez, on trouvait déjà funky les disques de chez Sähkö, alors pourquoi pas celui-ci ! Du coup, autant ne pas sarrêter en si bon chemin et poursuivre nos curieuses mais irrésistibles ondulations, en se laissant guider par les bruissements et clapotis crypto-rythmiques peuplant les dernières minutes de cet album. Celui-ci sévanouit alors doucement dans notre environnement, au détour dune lame de fond, singeant pour mieux tromper notre attention, tout à la fois le frottement du diamant en fin de vinyle et le ronron persiflant dun mac G3 (tel que celui de notre webmestre
). On sy laisse prendre, le sourire aux lèvres, et pousser vers la sortie sans même protester
Voilà. Finalement, on avait prévenu nos amis de lexperimenthype
: on a beau ne toujours pas savoir qui se cache derrière Object,
il va pourtant bien falloir lui faire une place, et pas celle dun
figurant !