SOMATIC RESPONSES « Dying language » (Ad Noiseam 013) - 2002

Régulièrement les Somatic Responses nous bluffent. Régulièrement, pourtant, on est bien persuadé d’avoir définitivement fait le tour de leurs soundtracks sidérurgiques. Mais on s’aventure quand même à poser l’oreille sur le disque suivant. Et on se laisse prendre à leur jeu. C’est, vous l’aurez compris, le cas avec cet album publié par Ad Noiseam, à peu près dans les mêmes eaux qu’un autre CD, « Accidental happiness » chez Component. Quelle évolution depuis « Augmented lines », que nous avions qualifié en 2001 de « meilleur disque des Somatic Responses » ?
Et bien d’abord un sens de la dramaturgie intact – c’est finalement bien là l’essentiel – , la confirmation d’une tendance à l’apaisement, ensuite, et un volume sonore moins dense, enfin. Certes, le premier track nous laisse entendre une montée vers l’orage, de craquements en déflagrations. Mais la tempête annoncée ne se produit pas vraiment. Les séquences acérées du morceau-titre, « Dying language » restent de puissance contenue, soutenant solidement mais sans coup de force des ondes chargées d’électricité, dans une acoustique de cathédrale (il nous semble d’ailleurs entendre les grandes orgues). La suite ne promet pas véritablement plus d’excitation. Dodelinement mécanique en sourdine agrémenté de pointes oxydées (« Volmatta »), déhanchement saccadé évoluant d’ombre en brillance, de nappes errantes en combustion lente (« Bint »). Avec « Monitor », on assiste véritablement à la fin des cadences soutenues : les machines prennent enfin le temps de vivre, se laissent aller à rouiller, peinardes. Entre ces doux moments de pré-retraite industrielle, on retrouve quand même un peu de fébrilité. C’est alors un groove de locomotive à vapeur, toujours à deux doigts du grippage, mais infatigable, pourtant (« Gezrm »). C’est aussi une « Replicant dance » épaisse et brûlante, à la manière du « Researching limits » E.P. paru il y a deux ans sur Casse-Tête. C’est surtout « Leek soup » et son electro mid-tempo en forme de carcasse dénudée, avec corrosion acide et charge mélodique enflammée. Voilà donc le sommet, puisqu’il y en a toujours un, de l’album. Pour autant, on reste loin de la furie pyrotechnique qu’on a connue par le passé. Et tandis qu’on s’abandonne à une dernière dérive bruitiste le long d’un dédale de tunnels (« Aufe », l’une des rares excursions des frangins en zone de “no beat”), on comprend que, si les Somatix ne nous impressionnent plus par leur puissance de feu, si leur énergie semble bel et bien domestiquée, l’émotion afflue encore et toujours, presque comme au premier jour. Avec Somatic Responses, les poings serrés, et la tête dans les étoiles.