SIGUR ROS « Agatis Byrjun » (Fat Cat 011) - 2000

Pas question pour nous de balancer nos amours musicales dès leur printemps venu. Le crachage en soupière forcené dés qu’on attente au fait Underground ne sera pas le nôtre, de fait. Et ce, même si l’on peut se trouver choqué, voire confondu, par certains travers (récurrents) de la presse dominante. Ce qui choque, en effet, dans la façon qu’ont pu avoir, par exemple, Les Inrockuptibles [et JD Beauvallet] d’encenser ce groupe islandais tel une Immaculée Conception à la rentrée 2000, c'est qu’on sent, qu’on sait (car c’est très explicitement écrit), que ce succès était attendu. Rappelons à cet effet les deux magnifiques E.P.’s de l’hiver 1999, qui nous avaient laissés le corps entier bouche bée… mais dont nous nous étions efforcés de chanter dignement les louanges en ces colonnes (eh ! c’est la moindre des choses, dès lors qu’on aime un disque, que de le défendre sans attendre.)
Là, de sentir que pour d’autres il faille attendre le “bon” moment pour le faire, même si l’on ne se fait plus guère d’illusions sur l'état du Média, ça agace quand même quelque peu. Mais le succès qui frappe à la porte de Sigur Ros, ainsi qu’il est affirme plus haut, loin, très loin de le subir, on s’en réjouit. Ce premier album (pour la France : on sait qu’il a deux aînés disponibles exclusivement en Islande) est de ceux qui frappent par leur unicité et leur intensité contagieuse. Au cœur de la sphère pop-rock, on peut évoquer, pour saisir cette remarque, le premier Stone roses et le second My bloody Valentine (« Isn't anything »), deux albums frappants de cette manière. D'ailleurs, le premier morceau, court et pop, fait songer aux effets sonores (chorus passés à l'envers) éparpillés sur les premiers maxis des Stone Roses. La suite fait alterner les pierres de taille qui nous avaient déjà frappés précédemment, et de nouvelles élégies où la voix ambiguë et si évanescente de ce chanteur se fait, souvent, plus proche. (Certaines orchestrations, d'ailleurs, rappellent une sorte de folk rechappé ; et l'on repense à plusieurs reprises à la lente moiteur de Mazzy Star). Ce murmure gagne en effet d'intimité ce qu'il perd au passage de son mystère. Mais les trouvailles mélodiques foisonnent ; les finesses architecturales et la sensibilité du matériau se mettent un peu plus en lumière à chaque écoute. Ce disque s’agrippe aux dimanches d'hiver, en épouse les contours, en chante le ressac émotif. Ce qui, possible, aide à en passer le cap. Ce très bel album, il est heureux de voir qu’il se propage d’endémique façon.