V/A « Galeries parallèles » L.P. (Cavage 10) - 2003
SAOULATERRE / DX MEDIA « Tous les égouts sont dans ma nature » E.P. (Cavage 12) - 2003

Revoilà Saoulaterre (do Brasil ?!) dans nos colonnes, d’abord avec une de ces petites compils qui nous régalent à chaque coup, puis avec un maxi solo, le premier depuis au moins deux ans.
Les « Galeries parallèles » abritent un joli paquet de monde, des habitués mais aussi quelques nouveaux venus, que les obscurs dédales constituant le terrain de jeu obligé de Saoulaterre ne semblent pourtant nullement effrayer. Habitués, les No Tek le sont, puisque présents dans la sphère Cavage depuis les tous premiers E.P.’s. Fidèles à leur patronyme, ils préfèrent emprunter les voies détournées avec leur dark hip hop propres à faire trembler les entrailles parisiennes. Atmosphère cérémonieuse et groove irrésistible font cause commune, un peu à la façon I:GOR sur Low Res et Russian Roulettes.
Habitués aussi, du genre toujours présents pour déconner, le Djrnd3 Crew (au sein duquel on retrouve Saoulaterre et Gamaboy) en remet une couche avec le récurrent « Direction ta choune » dont voici déjà la troisième version intitulée « Don’t stick to the bit, don’t forget the clit ». On ne s’en lasse pas !
Des essais mystiques avec Josef aux chansons pas très nettes (« J’aurais voulu être un chimiste »), Saoulaterre semble tout s’autoriser avec son pseudo Gorki Plubakter, surtout les tentatives les moins crédibles, du point de vue “intégrité underground”. Cette fois, il s’attaque au standard de discothèque « Last night a dj… » pour un résultat qui laisse sans voix. A vous de juger !
Côté nouveaux venus, on découvre en premier lieu Shift et son peu-ra façon Bloubiboulga, ou mieux encore, funky zarbi. Strytch9 fait aussi partie des heureuses rencontres proposées par ce L.P. Downtempo quasi rampant dans sa première partie, son « Radiofucker » (drôle de titre…) prend soudain son envol dans un esprit proche des récents tracks electro de Gridlock.
Juste derrière, c’est au tour de Dan Hekate de faire son entrée chez Cavage. Assez basique, son breakbeat se mixe plus qu’il ne s’écoute seul. En face B, un nouveau pseudo rigolo nous est présenté. Pousse Bouton, puisque c’est son nom, joue une sorte de country de l’espace, curieuse danse pour extra-terrestres en éperons. On ne sait si c’est pour blaguer ou non, mais en fait, c’est pas mal du tout !
Enfin, les deux derniers morceaux sont signés par Istari Lasterfahrer, du label autrichien Sozialistischer Plattenbau qui avait auparavant invité Saoulaterre / Gorki Plubakter sur la compil « Biometricks » parue en 2002. Deux exercices de découpe super nerveuse, à injecter dans un mix instinctif (et incisif) à base de beats à fragmentation comme il s’en fait chez Fanny ou Venetian Snares.
En résumé, fiez vous à la pochette de cette « Dixième cave » : « Hardcore / Superbadfunk/ Starfucker flopcore / Hip hop core / Tekno ». Bref, tout et n’importe quoi (avec en prime quelques petits bonus bien fendards), et c’est bien pour ça qu’on l’aime !

Saoulaterre en solo, ensuite, c’est sur Cavage 12. « Tous les égouts sont dans ma nature » E.P. présente cinq titres en 45 trs (+ une outro) d’une electro brute, rocailleuse et anguleuse, dans la tradition rephlexienne des « Joyrex » de Caustic Window et « Analogue Bubblebath » d’AFX. La tonalité est donc “old school (mais pas cool)”, comme disent les Nantais Phagz et Elektroplasma, avec des gimmicks retro-futuristes fusant dans tous les sens, et des voûtes synthétiques semblables à celles des caves ténébreuses du 14ème (arrondissement, en l’occurrence !). La danse, elle, est inévitable, tribale, envoûtée. Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement ?

Saoulaterre, encore et toujours nous trimballe et nous emballe, encore et toujours nous nous laissons guider, au fond des dédales, la tête dans les étoiles. Les enregistrements du Cavage, que ça s’appelle. Décidément difficile de s’en passer !