V/A (Qod Lab-L 000) - 2003

« Laval, terre de contrastes ». Un pareil slogan, en l’occurrence celui de l’Office de Tourisme, nous aurions pu en rire encore longtemps si nous n’avions trouvé un jour dans notre boîte aux lettres cette compilation de lancement (en CDr) du label Qod.
Car jusque là, de Laval, nous ne connaissions, outre sa caserne à éviter à tout prix, que son absence totale de vie culturelle et sa morosité poisse, propres à en faire l’antichambre du Mans (autant dire du néant).
Certes, les chouettes E.P.’s autoproduits de Nayad nous avaient mis la puce à l’oreille il y a deux ans. Mais nous tenions ce musicien comme une sorte d’ermite en résistance, aux côtés de son compagnon au sein d’Arkhana (cf. leur prestation lors de l’Anticartel 4 de juin 2002), Joachim “K” Barege. Le premier ayant décidé de mettre les voiles pour tenter sa chance vers le centre de la France au début 2003, nous craignions alors pour la subsistance du second, en pareil milieu hostile.
C’était lourdement nous tromper que de l’imaginer seul contre tous. En effet, voilà que Laval nous fait aujourd’hui le coup de la scène d’avant-garde. Carrément. Et que l’ami K nous revient, ses disques de Michel Chion sous le bras, crânement (il a bien raison sur ce coup-là !!!), avec sa (nombreuse et talentueuse) bande de potes pour nous présenter son tout nouveau label Qod. Au programme, donc, une compilation inaugurale, et une sélection passionnante, propre à balayer toutes nos certitudes à la con d’un revers de disto. De quoi mériter un franc mea culpa de notre part !
Ceci étant fait, attardons-nous maintenant sur les présentations. D’abord avec K, forcément, quitte à bousculer un peu l’ordre des morceaux. Lui qui nous avait discrètement enchanté avec ses petites démos ambient diffusées sous le manteau, propose ici un “loud hop” à mi-chemin entre The Bug première période (celle des courants d’air) et le maître du genre (qui ça ? Eh bien Scorn pardi !). C’est sur cette base que le bonhomme semble avoir décider de poursuivre son travail, notamment au sein d’un trio avec Hadès Travelberg (enchanté !) et dj Zukry, nommé Les Cheuveulus.
Parlons-en, tiens, de ce Zukry. Fan de Jean Yanne (d’où le nom du trio en question !) et d’Underground Resistance (eh non, ça n’est pas incompatible…), le garçon forme occasionnellement avec K les Aliens en Goguette, un duo pour platines aussi éclectiques qu’exigeantes. Cette fois en solo pour Qod, il nous fait découvrir deux morceaux sous (bonne) influence. « Genèse » est ainsi un petit moment de poésie lunaire, jeu d’écueils et d’échos évoquant Pole autant qu’Oval. « Tramontane » joue, lui, une proto-house hésitant entre hypnose et enraillage. Un grain dans le groove, telle pourrait être la devise de dj Zukry.
Si l’on déroule ensuite ce CD dans le bon ordre, on va faire la connaissance de Prosodie Abscons dont l’« Asymptote cosuïdale » se promène dans un imaginaire tribal mâtiné d’electro-noise comme celui des premiers (et essentiels) Black Lung. Viennent ensuite Alined et le bien-nommé « Riche ». On part alors du côté des « Fondements Bruitistes » du spécialiste en la matière, Vivenza. Les notes de pochettes évoquent en substance une superposition allant jusqu’à une centaine de pistes. Le résultat en est un parcours sonore des plus décapants, fascinant fatras mécanique prêt à broyer les tympans non avertis, ou puissant moteur à hallucination auditive pour les plus affermis.
Le duo Riley calme le jeu avec « Variation d’automne », mais met le paquet en émotion. Voilà le genre de morceau à vous tirer des larmes d’ivresse, comme savait si bien le faire le « What does your soul look like » de dj Shadow. Vled Blorek enchaîne sur « Volapük » : étranges breaks, qui butent et chutent contre d’imaginaires obstacles, étranges séquences qui s’enroulent et se déroulent frénétiquement, étrange atmosphère, enfin, frissonnante et recueillie. Un bel exemple de renouveau electronica.
Ikhtus livre un hommage joliment assumé à la capitale electro tech’ (« d3 »), façon 808 à plein régime et boucles vaporeuses. Trankil est, vous en conviendrez, un bienheureux patronyme. Son morceau, « Cyclothymique », confirme son infaillible sérénité jusque dans les délicieuses poussières et crépitements qui parsèment son cours.
Retour du côté sombre, avec le dark ambient traditionnel d’Anémique : bruissements mécaniques et ondes souterraines, résonances de grotte calcaire et nappe glaciaire, combustion, pulsations, vent et ruissellement. La recette fonctionne toujours, de préférence quand elle est finement accommodée comme ici.
On passe sur le dub un peu moyen de Kerala, loin des halus que son « Délirium tremens » semble vouloir susciter. Argh, il en fallait bien un qui ne nous emballe pas ! On arrive alors chez Atad. Long développement fait d’arcs électriques, de déchirures magnétiques et de beats décharnés, « 012344 » nous invite à découvrir sa techno-antimatière : du hardcore à la Phthalocyanine en fin de compte, c’est à dire sans aucun sens ni manifestement aucune rage au ventre. Déstabilisant.
Enfin, Test revient sur les pas d’Anémique, pour un progressif plongeon vers le monde sans lumière qui se termine brutalement, par une dissonante fréquence, à vous glacer le sang. Une conclusion aux allures de non retour, à ne surtout pas prendre au pied de la lettre !
Voilà pour notre emballement initial. Puisqu’il est déjà temps d’aller plus loin, signalons les parutions des deux premiers albums : celui de Zukry (« La palindrome touch » - qod 001) , et celui de Mek+.u3 (« Weird breax adventures for girleez » - qod 002), absent de la présente compil mais qu’on retrouvera sur le second sampler. Et félicitons nous de la tenue du festival Autodid Act, les 11 et 12 décembre derniers à Laval, qui s’il n’a pas réuni une foule de participants, nous aura donné l’occasion de découvrir tous ces nouveaux venus en live, et de passer un sacré bon moment.