V/A « Massage auditif » (Angström) - 2000

Angstrom est un nouveau label toulousain, qui comme Adenoïde, évoqué dans notre newsletter 10.5, nous conduit à nous pencher, plutôt plaisamment, sur les propositions sonores d’une scène electronica française enfin émergente. Peu d’artistes en commun sur les deux recueils, hormis le talentueux Group-gris, qui continue ici ses exploits sur le même mode : À savoir, un grain percussif très particulier et fort reconnaissable, à base de charleys tout en retenue ; accommodé à la sauce rouille. Quelque chose qui - même si c’est souvent le cas pour ces musiques qu’on aime - trouverait un champ de représentation approprié dans le domaine de la danse contemporaine.
Parmi ceux qui ont déjà obtenu quelque reconnaissance, citons aussi V.l.a.d, dont l’electrophunk drolatique (voire abusive) avait déjà retenu notre attention au printemps 2000 (cf. chronique de son E.P. sur Warp, ) : il fait ici montre d’une finesse d’approche remarquable, avec une pop mélodique très automnale, demi-teinte aux dominantes sépia dont la douceur touche. Dans une veine tout aussi agréablement mélodique, mais plus “electronica”, du moins plus proche d’une scène américaine qu’on qualifie ainsi lors qu'elle marche dans les pas qu'on fait les Boards of Canada, le nouveau venu Ektachron fait plus que séduire : il ravit. Dans cette même veine qui nous est fort familière ces temps-ci (citons Merck, Djax up bitch, Eat this, U-cover pour plus récents établis du genre), Phagz sort enfin de sa léthargie discographique pour donner une concrétion aux fugaces et beaux moments qu'ont été ses derniers live (cf. « Fin de siècle » au Lieu unique, in L’U.A 11) : une pâte brisée touchante, où peut-être manque la froideur métallique qui conférait à ces lives tout leur particularisme : On attend la suite pour se faire contredire. Bertuf échappé quant à lui du combo rennais Mils a lustré ses machines jusqu’à ce qu'elles daignent lui sortir d’aussi beaux et lumineux sons que ceux du « Amber » d’Autechre (oui, encore Autechre !). Autre émule de ces chers maîtres mancuniens, influencé par une autre période de leur discographie (celle du gris-souris « Chiastic Slide »), Ant expérimente à satiété, proposant comme une version condensée de « Eraserhead ». Encore beaucoup d’autres joyeux drilles ( qu’il nous fait plus plaisir de rencontrer que les ordinaires clichés sudistes, chaînes or et mercos) à découvrir. Notamment Motorcross Madness et D-Tekt avec leurs versions personnalisées de ce genre fourre-tout qu'on appelle trip-hop, complaintes des rives urbaines, zones lacrymalement inondables que nous qualifierons de blues, afin de brouiller encore toute piste trop apparente.
Angström se pose en pourvoyeur prometteur d’un genre toujours trop peu couru en nos contrées, cette electronica que nous vantons sans lassitude. Ce qui lui permettra au passage de ne pas, justement, se placer en concurrent trop direct du voisin Adenoïde (plus versé dans l'électro-acoustique).