V/A « s/t » E.P. (Cavage 05) - 2000


Revoilà la crème des musiciens cataphiles, sous l’égide de l’entreprise Cavage, suivie de longue date par les chroniqueurs Atomistes. Ce cinquième volet explore plus avant la voie du “BTP swing” déjà ouverte. Tentative de brèches multiples et mouvantes au cœur des systématismes du dancefloor, il ne lésine pas sur les moyens, sur les façons de (dé)faire, pour faire bouger librement.
Tentatives de diffraction de la dance music… Pourtant les choses débutent tout autrement : Gamaboy étale un lit de saturations industrielles épaisses, fort brutes. Lit sur lequel viennent se vautrer des notes de grande pompe, peut-être samplée puisque déjà entendues ailleurs… Mais ce ne serait pas d’en discerner l’origine qui résumerait l’affaire. De cette référence à “l’esprit” d’une forme de musique populaire, c’est le décollage induit qui compte, décollage accentué par les fredonnances dissonantes ajoutées. Le dancefloor est donc nettoyé à la chaux de toute velléité de normalisation. Saoulaterre peut alors attaquer, et nous balance ce qui sans l’ombre d’un doute constitue le tube electro de l’année 2000. Sur un beat dont l’allure et la consistance nous ont fait le qualifier de pachydermique, se défoule une parodie d’orchestre saoulographe. Pour notre part, c’est ce que nous aurons le plus dansé en 2000, ce dont nous nous sommes le plus imbibés : réel carton de dance music, réelle partie de rigolade. Le même Saoulaterre s’associe ensuite avec Nomex pour kitter le moteur du cyclo. L’intro hilarante (pastiche de harpe moyenâgeuse fort texaverienne) débouche sur un mot d’ordre essentiel : « Mangez, buvez, enivrez-vous mes très chers ! ». Là-dessus déferlent des beats moulés sur pistons stratosphériques - d'où la grosse suspension de cette grosse cylindrée -, des breaks electrocore, des charleys hélicoïdaux en flagrant survoltage… Bombez bombez. Ann’so ensuite, avec toujours Saoulaterre, pour « Le pouvoir de tes doigts » : basse à l’étouffé, clavier titillateur (en option piano) et cette voix obsédante qui litane pendant qu’en arrière-fond cette même voix s’étiole en oratorios intimes. Il y a là une pop music novatrice et efficace ; nantie d'un pouvoir de conviction sur un plus large public : Malheureusement, en nos charmantes contrées, les branchés et tendance préfèrent se concentrer sur des nouveautés pépères et dépassées depuis des lustres.
Alors… Pendant ce temps, le jukebox Cavage n'en finit pas de tilter sur ce E.P. : Une monstrueuse balle vient parachever le travail. En l’occurrence DX media, qui, sur une mélodie de guitare pop rock samplée mariée à une cuve à mazout sonore qui fuit, dynamite des charleys à cinq milliards de BPM. Dès que revient le riff, c'est la cour des miracles (ou le palais de Jabba the Hutt) : le genre dont Manu le Malin doit faire son miel. Polytox sampling unit achève l’écheveau avec un concours de samples du meilleur goût. Cavage continue donc sa route, en la pavant d'embûches c’est plus drôle, réinventant à chaque titre une nouvelle forme de disco.