V/A « Collision course » (PIAS) - 2000

Après avoir concocté, il y a quelques années, plusieurs compilations marquantes chez Virgin (« Isolationism » et les deux volumes de « Macro Dub Infection »), Kevin Martin nous livre aujourd’hui un panorama de certains artistes qu’il considère comme les terroristes sonores de ce début de siècle. On ne s’attardera pas sur le texte figurant dans le livret du CD, qui n’hésite pas à faire le lien entre les groupes sélectionnés et, en vrac, les futuristes italiens du début 20ème siècle, les cut-ups de William S. Burroughs, l’action-painting de Jackson Pollock ou encore les films de Sam Peckimpah…après tout pourquoi pas ?
Revenons plutôt au contenu musical, qui se partage selon deux axes principaux : hip-hop et drum and bass. Bien que cette compilation ne soit pas aussi réussie que celles mentionnées plus haut (qui étaient tout de même assez exceptionnelles !), on a droit à quelques bonnes surprises avec la jungle azimutée et ponctuée d’explosions de Scud & Nomex, le hip-hop zarbi de Fever, ou les breakbeats distordus de 2nd Gen. Le casting rassemble également des titres de Bad Company, qui semble être une des sensations drum and bass du moment, Mike Ladd, dont la vision plutôt inhabituelle du hip-hop reste toujours aussi difficile à cerner, Ice, dont le morceau remixé par Alec Empire était déjà sorti en maxi, ou encore quelques échappés de chez DHR (Bomb 20 et Patrick C.).
Mais les morceaux les plus éclatants sont signés par les artistes hip-hop les plus intéressants du moment. Ainsi, Sensational, toujours aussi perturbé, nous offre un morceau inédit qui fera avaler leur casquette à certains b-boys intégristes, qui hurleront au scandale quand on leur montrera que le hip-hop, c’est aussi ça. Sans parler des assauts de Rubberoom (dont l’album « Architechnology » sorti en 1999 contenait déjà quelques bombes redoutables) et Thawfor, deux groupes issus du bien nommé label Indus, qui plongent leurs voix et leurs beats dans un bouillon de sonorités industrielles fracassantes. Enfin, la palme revient au collectif Anti-Pop Consortium, qui livre ici un véritable ovni et dont il faudra sûrement écouter attentivement l’album « Tragic Epilogue » sorti à la même période. Ces artistes nous montrent que le hip-hop a aussi une vie en dehors des grosses productions lancées sur le marché à grand renfort de tapage publicitaire et que cette musique a encore un bel avenir devant elle, si l’on s’efforce de lui faire emprunter des chemins inhabituels et inventifs.
Au final, ce disque trouvera logiquement sa place aux côté de votre collection d’« Electric Ladyland » parue chez Mille Plateaux.

Low