La jaune était sortie avec le printemps, voilà largentée pour lautomne. Une teinte qui nous sied mieux, pour un volume qui va de même. Les quelques scories mal goûtues qui détonnaient -un peu - sur le précédent opus des bilans Shitkatapult (et notamment la vilaine techno de Labgenerator) sont ici absentes, et le niveau d'ensemble en fait de très, très, vieux souvenirs
On retrouve le gratin du label : Roland Fiege, ici sous patronyme Spacetank, fait un bien bel usage d'un vocodeur certainement chopé au marché aux puces, pour ce qui s'avère être la plus grosse balle du disque : un truc sexy magnétique, héritier du meilleur de la techno teutonne (de Daf à Daf en passant par Daf, en somme). Static Lounge, dans la foulée, se posent en sérieux concurrents pour ce concours de moiteurs électriques, avec un groove perpétuellement introductif mâtiné d'une voix crépusculaire, plutôt porteur de relents fort sehrgut : ceux-là (Static Lounge) ne cessent de se montrer surprenants, incapables à ce qu'il semble de faire deux morceaux du même genre. L'addition des deux bombes donne une belle entrée en matière
T.Raumschmiere, lui aussi, a enduit ses grooves de crème solaire : cet ardent minimal ne serait-il pas l'alter ego outre-rhinois d'un Monsieur Oizo ? Quant aux talentueux Rechenzentrum, déjà présentés il y a peu, ils reviennent ici aux conversations entre charleys, miniatures ensorcelantes
Hors ces quelques confirmations swing, ce double LP nous permet de faire connaissance avec de nouveaux estomaqueurs de cortex (décortiqueurs d'estomac ?). Pour preuve, la techno glaciale de Mayer/Thomas ; celle nettement plus deep de Lars Mod. Mais, surtout, une pelletée de tordus pour une pelletée de sons tordus. Le label fait ici montre de toute l'ambiguïté qui le caractérise, de cette manière de n'être SURTOUT jamais là où on l'attend. Ainsi Makeem, qui, plus encore que sur ses précédents faits d'arme, blackboule tout avec un sample énooooorme de cuivre, sorti de nulle part, affalé sur des breakbeats rebondis : bref, un instrumental hip hop tout ce qu'il y a de plus vieille école, tout ce qu'il y a de plus jouissif. On retourne à des climats moins volcaniques, ensuite, avec Herr Pitzelberger, suivi de Kyborg, concurrents dans le domaine de la dance pas franche sur des tempi en maraude ; deux morceaux qui, l'un comme l'autre, et plus encore lorsqu'ils se suivent, refileront des sueurs froides à vos enceintes. De l'electro dérive urbaine comme il s'en fait trop peu
Dominik Baier, pour sa part, avec un beat sourd nappé de fluctuations, fournit quelque chose qu'on pourrait comparer à du Spacetank en plus smog, avec de ci de là, des goules enrhumés qui s'adonnent à de menus gargarismes. Yonderkids, c'est du minimal rigolo sautillant (ainsi qu'il pouvait en être du projet Lupo Borax sur Heimelektro). Pour finir, un mot sur ce qui reste la perle des perles du disque -et boudiou qu'il y en a, des perles, ainsi que cette énumération, j'espère, le démontre - : Alen and Nelt ont concocté quelques minutes d'étrangeté véritable : un morceau au genre indéfinissable, une ambiance aussi feutrée que menaçante ; titubante et sûre d'elle ; rétro et ultra moderne. Il va sans dire qu'il justifie à lui seul l'achat du disque
Mais avec la voix de Miss Tigra pour bénir ces sillons et vous plonger dans un bien délictueux sommeil, il y a là de quoi achever de convaincre même les plus récalcitrants.