OVUCA
« Lactavent » (Rephlex 081) - 2000

Sur le principe, un disque
de chez Rephlex, ça ressemble à ça. Un type,
si possible avec un nom à coucher dehors - genre Bogdan Raczynski,
Bernard Kirsh et Dragan Espenschied (Bodenstandig 2000) ou ici Allu
Pallu - fait de la zique dans sa cuisine depuis 8 ans en se gardant
bien de ne surtout pas faire évoluer sa configuration éminemment
lo-fi. Une démo finit évidemment par atterrir chez Rephlex.
Comme des centaines d'autres du reste. Sauf que la démo en
question est soit mortelle, soit invraisemblablement merdique, ce
qui dans un cas comme dans l'autre, assure une carrière d'au
moins deux ou trois albums, c'est à dire l'intégralité
du disque dur de notre type en question. Un pressage et un artwork
de mauvais goût plus tard, le Rephlex addict de base - dont
nous sommes sans nul doute - s'émerveille devant l'ampleur
de la médiocrité du disque sur lequel il vient de se
ruer.
« Lactavent » est donc un disque de chez Rephlex. Le premier
d'Ovuca, déjà suivi par un nouveau E.P., « King
Stacey », qui prolonge comme prévu la visite du hardware
de ce sympathique scandinave - puisqu'il est scandinave. Quant au
contenu proprement dit, il frise le cas d'école, déballant
son bric-à-brac avec toute l'extravagance, la dérision
et l'abus de distorsion caractéristique du prestigieux label.
Le ton est donné dès la première face, avec un
programme à base de drum kit rudimentaire pour pattern electro
bien crado, de claviers criards et de mélodies hilares : on
imagine tout de suite le parrainage par Like A Tim et Bodenstandig
2000. En milieu de parcours, on note quand même que «
Meng » préfigure la face B, énervé, syncopé,
piailleur, nasillard.
Une fois la plaque retournée, le son se corse en effet. Façon
Kinesthesia d'abord avec le pétaradant enchaînement de
« Tattaraa » et « Auinko », véritable
tandem electrocore à l'ancienne, c'est à dire non dénuée
d'humour. Puis à la Bogdan Raczynski, avec « Puippa »
et « Noquse Form », jamais avare de ruptures dans cette
course rythmique vers le rond central (quel autre objectif pourrait-on
y voir ?). C'est là que s'arrête officiellement l'album.
Sauf que la déconne est, rappelons-le ; de rigueur chez Rephlex.
La seconde plaque de ce double L.P. ne contient donc que des bonus
tracks. Et pas des fonds de tiroir, puisque la face C s'ouvre avec
« Wonder Ewing », le plus classieux des 22 morceaux qui
composent « Lactavent ». Du pur electro, cette fois, se
déclinant sur un mode downtempo des plus déhanchés,
à mixer d'urgence évidemment. Le reste de la face n'est
pas mal non plus, breakdansant avec énergie pour accompagner
quelques vieux synthés guillerets (« Melpha »)
ou plutôt moody (« Teddy » qui évoque les
frangins D'Arcangelo sur leur « Shipwreck »).
La dernière partie s'ouvre avec un doublé tordu et déconstruit,
estampillé 100% chelou. Arrive alors très vite la clôture
de cet album, avec un joli mélo façon early Aphex (période
« S.A.W. volume one ») et une série d'interludes
electrodisco, véritable marque déposée chez Rephlex.
Mais que de références pour une seule chronique, me
direz-vous! Certes, voilà une manière bien paresseuse
de faire le tour de ce « Lactavent ». Que cela ne vous
donne pas pour autant l'envie de passer votre chemin, en quête
de vraie nouveauté. Il y a heureusement bien d'autres façons
de l'aborder. Pourquoi pas d'ailleurs sous l'angle de la découverte
: il n'est jamais trop tard pour s'initier au meilleur / pire label
du monde !!!
S.Y.D.
http://www.rephlex.com