SIGUR ROS « Ny battery » (Fatcat 039) - 2000

Certains disques vous font un effet si radicalement fort, déstabilisant, que la notion "d'objectivité journalistique" va aussi sec se rhabiller. Mais il faut faire comme si, il faut donner de l'information, pour espérer faire découvrir puis aimer. Comme il le faut, alors, allons-y. Et présentons Sigur Ros comme un projet mystère aux accents (textuels et vocaux) nordiques, déjà auteur à la rentrée 99 d'un tout mélo E.P., atmosphérique, éthéré, étiré. Et touchant, ô combien.
Le groupe réitère sans traîner, et persiste en cette veine qualifiable de "progressiste". Le mot vous fait, j'imagine, aussi froid dans le dos qu'à moi . Évocateur des années 70 dans ce qu'elles avaient de moins recommandable - ah, la colorisation criarde et suante des images de l'époque...-, il laisse entrevoir des paysages plus vomitifs qu'agréables. Alors ?
En plus, Sigur Ros, au terme de vingt minutes de cheminement quasiment immobile (clapot discret, cuivre lointain et voix : les plus beaux paysages ambient depuis le retravail de H3o par Propeller sur Hushush), y parvient, pour conclure le disque dans un fracas de guitare aux accents héroïques déplaisants. Alors. Forcément, ça agace. Et pourtant. Et pourtant ça fonctionne. L'impact mélodramatique est même très gros. Sans doute est-ce parce que le terrain (l'auditeur, en ce qu'il a de plus fragile) a été admirablement préparé. Sigur Ros sait tirer sur la corde, la plus sensible corde, et en tirer des larmes. Magnifique. Comme quoi...

Mr Øpless

http://www.fat-cat.co.uk