SILK SAW vs JARDIN D'USURE « Electric musical chairs » (Sub Rosa 172) - 2000

Silk saw se retourne sur ses pas pour mieux brouiller les pistes. et part à la rencontre de l'entité originelle, Jardin d'Usure, projet inqualifiable, que pour simplifier - même si la simplification journalistique est une conduite inqualifiable - , que pour simplifier on qualifiera de "dada".
Cette propension à l'errance sonore, manière de laisser la part belle aux heurts, est ici confrontée à la rigidité perturbée ("délinéarisée") qui est la marque de fabrique de Silk Saw. Les deux univers se retrouvent en ce qu'ils ont en commun : l'amour maniaque du son. Le son aimé pour lui-même, le son rétif à la dispersion, rétif à se perdre en évocation d'autre chose que lui-même. Matière forgée et mise en valeur avec soin jusqu'en ce que d'aucuns qualifieront hâtivement de "défauts" (scories, béances, irrégularités, salissures, erreurs...), aimée donc, oui, et pour elle-même.
La grande liberté, résultante de ce soin porté au travail du son, est frappante. Tourneboulante. Gênante, enfin, pour n'être jamais catalogable. (Alors le péquin journaliste, pour simplifier, le voilà propret.) La notion de Risque est inhérente, récurrente de cette façon-là de faire. L'accident semble être ce qui peut arriver de mieux, l'accident est souhaité et fêté. Le public, en sa majorité, rechignera, on s'en doute ; c'est qu'il n'aime pas être à ce point pas pris pour un gogo, le public. Cette hybridation de deux projets extrêmes semble, étrangement, nier toute origine. Et le Risque, ainsi cultivé, pourrait la priver des faveurs d'un destinataire. Elle n'en existe pas moins, cette musique, concrète. Elle n'en existe même que plus. Remarquable.

Mr Øpless

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