SKULL « Snapz » (Output 027) - 1999

Plus de breaks que de beats pour les cinq titres de ce E.P., enregistrés entre 96 et 98. On est certes en premier lieu marqué par le son Hip Hop (et les patterns si aisément identifiables) de « Snapz ». Mais ce ne sont là que quelques micro-parcelles de groove dérivant d'accrocs en brusques changements de tempo, sur une trame aussi baladeuse que déstructurée. Ne s'agissant pas pour autant d'un cut up effréné ou d'une savante démonstration de turntablelism, le disque évolue plutôt au gré des souffles, craquements, bulles analogiques et samples distordus qui peuplent, animent ou ponctuent chaque recoin rythmique. Sur « Flump », c'est ainsi un jeu de drum presque débutant qui se fait happer et digérer en une courte effervescence gastrique pour réapparaître plus loin sous une forme chaloupée à la Dj Shadow.
Avec « Spaztik », le caractère traînant, l'atmosphère vespérale et la fluidité des arrangements (cordes de basse, carillons) accentuent la ressemblance avec les travaux du fils prodige de la famille Mo'Wax (période « What does your soul look like? »), tandis que les étirements électroniques évoquent Capitol K ou Kammer Flimmer Kollektief. Le tout se déhanchant évidemment jusqu'à un inévitable déboîtement. Baigné dans un léger halo, « Crash! » évoque d'abord une fin de nuit vagabonde et ensommeillée - avec ses légers claviers post rock - , pour soudainement sursauter au son de ce qui ressemble plus à un Interphone intempestif qu'à une sonnerie de réveil. Le groove se lève alors de sa torpeur durant quelques vigoureuses minutes. Idéal pour lancer une journée, une fois la surprise passée.
Autrement plus froid et abrasif, « Trapped Dub » est aussi le meilleur morceau du E.P., audacieux mais pas extrême pour autant. Dans un jeu continu entre pression et dépression, montée en saturation et descente vers l'abstraction électronique, il s'inscrit, à l'instar d'un projet comme Fever (la violence en moins) dans l'art du dysfonctionnement. Il faut alors l'imaginer dans le cadre d'une dérogation à la règle, sorte d'échappée rythmique indomptable, plutôt que de le lier à un nouveau systématisme visant à "rompre à tout prix".
Enfin, « W'happon » (premier du tracklisting par ailleurs) semble d'abord opter pour le développement linéaire d'un contenu sonore encore plus intimiste, étouffé même que le reste du E.P. Puis, toujours porté par un discret mais incessant fourmillement électronique, il évolue vers un efficace décorticage de sa structure, jusqu'à ne plus laisser résonner qu'un reste de ligne de basse, drapé dans quelques spectres synthétiques pas forcément rassurants. Aucun éclat, aucune effusion, juste cette liberté présente tout au long de « Snapz » d'entraîner l'écoute vers l'imprévu. Ainsi, que les fondements soient hip hop ou post rock, chacun des morceaux nous emmènent loin des canons et écueils du genre. Difficile alors à proposer aux afficionados de l’un et de l’autre, sans risquer une probable déception. Difficile aussi d'y associer de manière confortable un seul état d'esprit, surtout comme sur « W'happon » lorsqu'on part d'une bande-son pour vague à l'âme en rockin'chair, pour finir parcouru de frissons, presque tendu. Oserions-nous rajouter combien il nous a été difficile de mettre des mots sur ce disque ? C'est pourtant bien cette dernière idée qui devrait achever de vous convaincre de son intérêt !

S.Y.D.