V/A «
Invisible soundtracks macro 3 » (Reel 4 - Leaf) - 2000

Par où commencer,
par où, que diable ? En face d'une somme telle que cette compilation,
le boulot de chronique s'avère une foutue gageure. Présenter
Leaf, nous l'avons déjà fait, en vantant notamment la
compilation « Osmosis » à l'automne 1999. Le projet
? Une compilation de musiques de films imaginaires ; on aurait rêvé
pouvoir le faire à leur place. Le casting ? Un panel hallucinant
de barjots expérimentateurs (et à travers, arf…)
: réputés de longue date (Susumu Yokota, Freeform) ;
dont on parle pile poil maintenant (Rothko, Beige) ; dont on parlera
sans doute bientôt (Nacht Plank, Druckwelle… et…
tous les autres, en fait). Hors ces vétilleux grains à
moudre journalistiques ; il y a avant tout un hallucinant contenu
musical.
La variété est telle que, même en nous donnant
à fond, nous ne pourrions dégotter assez de syllabes
pour forger les étiquettes idoines. Tant mieux ! L'ensemble
est climatique, on s'en douterait au vu du thème imposé
: Certains s'en vont chercher le printemps éternel, celui des
B.O des films de Kitano (Susumu yokota, superbe). D'autres, la guitare
isolée, noircie du soleil plombé du Cooder de Paris-Texas
(Rothko, pour un blues désertique sans démonstration
oiseuse). D'autres encore, finauds, se placent pour l'avenir : Keiron
Pheilan et David Sheppard devancent les aînés Tortoise
pour le casting imaginaire d'un Thriller mexicano drivé par
Jarmusch. Michael Nyman est cité, en version névralgique,
par Rob Ellis… Sauf qu'à y regarder de plus près,
on se rend compte que les influences effectives sont créditées.
Essayez alors d'y voir clair, vous n'y parviendrez pas mieux. Elles
se mélangent, les influences, se traversent et se taquinent,
faisant régner un flou suave et déconcertant.
C'est là toute la richesse du disque, cette prolixité
qui confine au labyrinthique et témoigne de l'inventivité
d'une scène qu'on n'en a que plus ardemment envie de défendre.
Parmi les réussites les plus phénoménales, citons
encore Manitoba (cordes sardoniques pour jazz crépusculaire)
; Druckwelle (pop miniature, cavalante et émouvante) ; OP:L
Bastards (westernité post-atomique dans la lignée des
meilleurs titres de Torsion) ; Nacht Plank - de chez NeoOuija - (un
cut-up fort harmonieux, chose assez rare pour être signalée)
; ou encore Oskar, qui clôt la séance avec un majestueux
hymne au calme et à la satiété (avec des chants
d'oiseaux en prime) ; trop beau pour être caricatural. Chapeau
bas, sourire large.
Mr Øpless