VROMB
« Périmètre 3+10 » (Ant-Zen Act 101) - 1999

On avait découvert
la voix d'Heurel Gaudot aux détours des quelques "visions"
qu'il livrait à l'auditeur médusé du premier
album de Vromb, « Le facteur humain ». A mi-chemin entre
le chaman façon Timothy Leary et le paraphysicien le plus sérieux
qui soit, il réussissait alors à créer une aura
mystérieuse autour de ce disque. Ici, le subterfuge est levé
et ses textes forcent parfois plus le sourire que le trouble. Du coup
on a envie de considérer le bonhomme comme sympathiquement
givré, même si son timbre reste figé hors du temps,
cinématographique, assurément passionnant. La musique
d'Hugo Girard souffre peut- être elle aussi de l'absence d'effet
de surprise. Néanmoins, ces cinq tracks répartis entre
un magnifique 10" picture et un CD 3" nous font frémir
dès la première onde, vibrant, claquant et faisant comme
un vide glaciaire autour d'eux. Vromb semble se focaliser autour des
affres psychologiques d'Heurel Gaudot, littéralement omnibulé
par ses perceptions sensorielles, aussi bien internes qu'externes,
cherchant à définir son univers avec une précision
qu'on devine obsessionnelle (en témoigne par exemple «
Pulsation », où le mal dont il croit être envahi
ressemble fort à une bonne gueule de bois).
Ces étonnants moments de crises existentielles et de délires
hallucinatoires sont alors relayés avec ce qu'il faut de démesure
- grondements, échos, bleeps caverneux, rythmique tellurique,
volutes hélicoïdales - pour créer une véritable
attirance chez l'auditeur, transcendant cette somme d'effets caricaturaux
et appelant irrésistiblement au mouvement. Jusqu'à donner
l'impression de pouvoir danser immobile, le corps animé d'imperceptibles
soubresauts comme d'infinitésimales traces de groove sur fond
de transport intérieur, hypnotique. Si la musique de Vromb
se vit incontestablement comme une forme de repli individualiste,
il ne faut pourtant pas exclure le partage de cette expérience
sonore avec d'autres - recherchant par exemple à plusieurs
une synergie muette susceptible d'exacerber les sensations de chacun.
A ce titre, il faut saisir l'occasion de faire connaître le
premier hit de Vromb, ici gravé sur la moitié vinylique
du E.P. Baptisé « L'objet » dans sa version minimale
et percussive, ce « Synchronisateur » est aussi paru en
99 sous la forme d'un remix hard-trance réalisé par
Vostok, sur le sampler « Technoir » du sous label Hymen.
A la fois hommage décalé aux musiques mécaniques
tournant sans relâche sur support polymérisé,
et approche mystique du rapport de l'individu au son (« le corps
et l'esprit formant une entité totale »), ce track déroute
et ne peut laisser insensible. En même temps, son ampleur et
sa mise en forme, répétitive et monomaniaque lui ouvre
le chemin de la diffusion publique, à l'image du dance floor
comme lieu de confrontation plus que de confort. L'époque étant
propice aux événements hors norme, on espère
bien que le « Synchronisateur » va ainsi pouvoir sortir
du strict cadre confidentiel qui reste pour l'instant le sien.
Soit dit en passant, toute la scène electro- techno, française
notamment, pourrait avoir beaucoup à apprendre de Vromb, tant
au niveau sonore que sur le plan da la capacité à développer
un univers sans commune mesure. Même quand il force le trait,
ce projet est donc à faire découvrir d'urgence et si
possible hors du microcosme des musiques ultimes…
S.Y.D.
http://www.ant-zen.com