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La Maison des Feuilles, Mark Z. Danielewski Je ne sais pas sil est utile de présenter ce livre, dont semble-t-il on a beaucoup parlé. Mais je ne le connaissais pas avant quon men parle, admirable phénomène de la communication, ou plutôt de la conversation et de ses digressions. Tous ceux qui sont avides de lectures intenses, de ce rapport particulier du livre qui nous tient, nous agace, nous fait pénétrer dans ces périples neuro-tropiques, voyages dans des univers aux possibilités infinies, vont (ou ont) gardé des traces de cet étrange objet. Difficile den parler à moitié. Lhistoire nen est pas une. Enfin pas quune histoire, mais des multiples histoires qui se pénètrent, interfèrent et forment ce roman hybride, imprégné de toutes les expériences littéraires, artistiques, philosophiques, électroniques qui lont précédé. On peut avoir une impression de déjà vu dans la forme, nouveau roman, Surréalistes et lOulipo... mais il nen est rien. Lironie de Mark Z. Danielewski est grande, la ligne Maginot est propre à chacun. Cet objet a circulé sur les vagues du réseau avant dêtre repéré, édité en 2000 exemplaires, épuisé, réedité
Traduit en français deux ans plus tard, il faut pour le lire tomber au bon moment, car il est ici aussi très vite épuisé.
Sujet du livre : un film : le Navidson Record, montage de quelques explorations dans une maison à forme changeante. Là commence le problème, son centre, la maison.
Navidson, photo-reporter célèbre emménage avec sa femme Karen, ex Top-Model, et leur deux enfants en Virginie. La campagne après le tumulte de la City, dans la recherche du calme de la petite bourgade américaine. Mais ce typique scénario ne se stabilise pas, au contraire il ne cesse de se dissoudre dans cette maison qui absorbe toute trace. Une porte qui nétait pas là apparaît ; après les premières mesures effectuées, la maison est plus grande à lintérieur quà lextérieur. Un couloir, puis une série infinie de couloirs. Lobscurité la plus totale, linfini, le sans-fond... Toutes les terreurs de lhomme synthétisées dans un espace immaîtrisable, mais surtout insaisissable. Lespace absolu explose, nous nous retrouvons dans une des multiples dimensions que lon ajoute à nos trois ; abstraction qui devient ici réalité... Ce film a fait lobjet de centaines, voire de milliers de commentaires et études de toutes sortes. Mais...
Les pistes, idées abondent ; pas de superficialité ou dartifices excessifs, mais suffisamment dévasions, de chemins à parcourir. Pistes. Notre espace physique est-il façonné par notre psyché, nos frayeurs ou notre manière de nous situer, modifions-nous sans cesse notre manière de percevoir de telle sorte que, à certains moments, lenvers nous est dévoilé, un envers profond, très profond, sans fond. Aucune solution, nous ne savons pas, nous ne saurons jamais ce quétait cette maison qui nexiste pas. Labyrinthe. Dédale. Et le Minotaure ? Questions-pistes qui traversent cet objet non-identifié. Le divin incongru, une porte secrète qui mène dans les dimensions jusque là inexplorées par lhumain restreint. Une certaine hystérie débouche sur une totale schizophrénie. Diagnostic psychologique certes inadéquat, mais nous sentons monter sans cesse cette tension, le débordement, la plongée de lautre côté. Les annexes nous livrent quelques outils, admirable travail dindexation, pour qui tenterait à son tour une étude de cette étrange histoire, quelques montages photos et, ce qui est désormais publié indépendamment, les lettres de la mère de Johnny Errand. Ultime pièce à conviction qui nous laisse un étrange malaise, celui de lenfermement total dans sa propre obscurité.
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